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Fragments de vie carcérale (9), texte et dessins d’Ali Aarrass

dans ACTIONS/ARTS/LA PRISON AU MAROC/TORTURE par

Durant toute ma vie, j’ai bossé très dur et cela depuis mon adolescence. Je suis devenu indépendant très tôt. Ceci-dit j’ai acquís des responsabilités, mais surtout une connaissance culturelle, humaine, dans ses valeurs, ses faiblesses. Tout ceci bien sûr en étant en liberté, sans que personne ne m’impose ou me donne des ordres. La fierté de ce mode de vie, le contact humain ne manquait pas ! Mais mon destin en avait voulu autrement, que je sois privé de ma liberté .

Là,  en isolement sensoriel, il fallait faire preuve de résistance ,  de beaucoup de patience, en bref apprendre à mieux se connaître.

J’aimerais attirer votre attention, l’être humain entre ces maudits quatre murs va s’identifier par lui-même. Certains craqueront très vite, ils seront condamnés puis ils devront prendre une décision pour le reste des années qui leur reste à faire et sur la façon dont ils voudront les mener jusqu’à leur libération.

D’autres refusaient  d’être dans ces conditions dures et pénibles.  Ils vont chercher le moyen le meilleur et le plus facile de se faire une place  parmi les matons: être leur pion, leur mouchard, leur marionnette, ils pourront ainsi avoir accès à des  tâches de nettoyage, distribuer la nourriture etc… dans tous les quartiers pour tenir informés les matons et pourquoi pas, même le directeur.

En échange d’une semi-liberté  et de ne pas rester enfermés pendant des journées interminables en prison. À savoir aussi, les établissements pénitentiaires savent très bien qu’il leur faut quelqu’un pour approcher les prisonniers. J’ai découvert en prison cette créature faible, égoïste, qui était capable de balancer son compagnon de cellule ou de prison, seulement  pour ne pas rester enfermé !!!

Malgré tout cela, ils n’avaient pas accès à nos ressentis et à nos intentions, car nous aussi nous étions informés par certains gardiens qui nous dévoilaient les mouchards qui coopèrent avec les matons…

Vous comprendrez que cette petite histoire est  celle des esprits fragiles et vulnérables,  qui n’ont pas encore acquis  le savoir ou la connaissance des vraies valeurs d’un être humain et de sa dignité, ils  finiront bien par succomber à  leurs désirs. La prison est un lieu où les détenus doivent construire une solidarité, une empathie entre eux, le monde extérieur, celui où la majorité des gens les considère comme des criminels…J’aimerais vous rappeler, chez l’être humain il y a toujours au fond de lui-même un cœur, avec des regrets, des remords,  aussi  avec des sentiments. Je ne peux leur en vouloir,  la condamnation leur suffit comme punition.

Ce qui est clair, c’est  que quand ils ne leur sont plus  d ‘aucune  utilité. Ils les dévoilent au reste des détenus…

Il était important de savoir qui était qui, de connaître les bons et les méchants, ceci afin de ne pas commettre d’erreur et d’éviter le cachot.

Aujourd’hui, je fais appel à tous ceux et celles qui ont une famille en prison. Oui, je dis bien une famille, car le prisonnier, c’est à ce moment-là, durant toutes les années pendant lesquelles il sera privé de liberté qu’il aura besoin de vous plus que jamais !

Je comprends que cela devient très long et dur parfois. Mais il est fondamental pour lui de ne pas  se sentir oublié. Aussi, j’aimerais que vous essayiez de leur faire savoir qu’il est très important de nous transmettre de leurs nouvelles et leurs témoignages. Vous êtes  les seuls à pouvoir les approcher et les  écouter.

Quant à  nous-mêmes les ex prisonniers. Nous n’avons pas d’excuse à  donner ! Surtout si nous  avons le temps et les capacités de faire entendre notre voix dans le monde !

Je sais de quoi je parle. A cette occasion, j’en profite pour remercier toute ma famille,  spécialement  ma très chère sœur Farida, mes prunelles, mon autre moitié que j’aime énormément, celle qui a remué ciel et terre pour son frère et tant d’autres.  Je me rappelle en prison, beaucoup des détenus conscients du combat qu’elle a mené durant ces longues années me disaient bravo et merci infiniment pour ta sœur Farida. Et je pouvais être fier de t’avoir comme sœur.

Bien entendu, je remercie Luk Vervaet qui n’a jamais rien lâché, ni baissé les bras pour les injustices que m’ont infligées ces » états »: l’Espagne, le Maroc et la Belgique par son silence. Luk Vervaet,  un homme qui sait écouter les autres,  et avec  de grandes qualités, une  grande expérience dans le militantisme, très solidaire, avec un grand cœur. Aujourd’hui je lui dis, merci infiniment de ne pas avoir laissé seule ma famille depuis le début de ce combat… Aussi j’aimerais saluer et remercier le Comité Free Ali et tous ceux et celles qui n’ont jamais baissé les bras !

Et bien sûr tous les militants, et les ONG… des hommes et des femmes conscients courageux. Voilà pourquoi l’engagement d’une famille est très important. Cela m’était un soutien et un encouragement pour continuer à me battre jusqu’à ma libération car je m’étais fixé un objectif bien avant de sortir. Oui, un engagement prioritaire pour les opprimés et les humiliés. Mais cela demande la coopération d’une présence humaine. J’aimerais interpeller la conscience dont vous disposez. Nous ne pouvons pas rester indifférents, nous devons contribuer et agir contre les injustices, il ne faut pas attendre d’être touché ou privé de notre liberté et de notre dignité pour se dire, pourquoi n’ai-je pas réagi avant. Chacun de nous possède des capacités, des valeurs. Sommes- nous des égoïstes ? Je profite de cette occasion pour remercier tous ceux et celles qui ont milité avec ferveur pour la libération des prisonniers politiques et d’opinion partout dans le monde.

J’ai toujours  cru et dit qu’il fallait se  défier soit même, et cela malgré les  conditions extrêmes de la vie carcérale. Il fallait mettre mon corps à l’épreuve. Il n’y avait pas d’autre endroit, mieux qu’une prison, plus dur encore  quand c’est en isolement…

Ma première grève de la faim, c’était en Espagne dans le sud. La prison de  Botafuego  à  Algeciras. Après  une longue procédure  d’attente  pour être jugé ou  extradé au Maroc.  Le risque étant permanent…

Une décision très lourde  que  je devais prendre. Après m’être renseigné d’une fenêtre à une autre. J’étais convaincu que la grève ferait pression et ferait freiner la décision d’être extradé, une extradition arbitraire, injustifiée, une violation des droits  de l’homme…

Conscient des risques, des conséquences pour ma santé, sans tarder après en avoir informé les avocats, j’ai entamé une grève de la faim qui allait durer une trentaine de jours, puis  une deuxième d’une quarantaine de jours et la dernière avant d’être extradé au Maroc, qui durera quarante-trois jours, celle-ci j’ai dû l’arrêter une fois arrivé en dépôt à la prison de Salé ll. Mais avant, ils m’ont fait passer par le centre secret de Témara pour y être torturé… 

Voici un bref résumé de mes grèves de la faim.

La première chose à faire était de l’annoncer par écrit au ministère de justice, et au directeur de la prison, ceci afin d’officialiser la grève. J’avais fait un stock d’eau dans ma cellule. Ma famille m’avait tenu au courant  de tout par téléphone.

Les premiers jours, je sentais la faim je me faisais contrôler par le médecin. Ils savaient très bien que j’étais sérieux, ils pouvaient aussi le remarquer à ma perte de poids… Dans le régime carcéral, ils ont l’habitude, l’expérience et savent reconnaître ceux qui sont en grève vraiment  et décidés à terminer leur combat.

J’ai dit ultérieurement, que j’étais sous un contrôle très rapproché. C’est-à-dire le contrôle direct. Je devais rester calme et couché, afin de ne pas trop consommer mes forces, il fallait que je résiste le plus longtemps possible. Les grèves ont été mon seul moyen pour me défendre depuis mon isolement. Ils m’ont poussé à mettre ma vie en danger, contre toutes les injustices, malgré ça, je me sentais impuissant entre ces quatre murs. Je savais qu’à  l’extérieur, il y avait des actions menées pour protester contre mon extradition donc je devais mettre mon grain de sable aussi.

Ces trois grèves officielles en Espagne étaient pour moi la seule défense, même si je mettais ma vie en danger. Malgré tout cela, ils avaient déjà tout planifié en accord avec le Maroc, pour que je sois sacrifié !

Je ne pouvais rester sans rien faire. Ma conscience ne me le permet pas ! Vous ne pouvez imaginer les conditions en isolement, et surtout en grève de la faim.  Être seul est, certes, une impuissance, le temps passe très lentement. Le plaisir et l’envie de manger se ravivent dans le cœur et le cerveau. Même les matons m’incitent à  manger en cachette.

Les médecins aussi, mais ajoutant  » bravo Ali, mais tu dois comprendre que tu es en train de foutre en l’air ta santé et les conséquences tu les auras plus tard « . Je leur disais « que je n’avais d’autres choix pour  défendre mon innocence « . Ce sont les mêmes incitations et les mêmes commentaires, pour les trois grèves de la faim que j’ai faites dans cette prison d’Algeciras (Botafuegos ). 

Le directeur en personne s’est présenté dans ma cellule, c’était la première fois que je le voyais. Il m’a dit « Ali, tu as le droit de te défendre, mais sache que d’autres prisonniers sont morts .

Il faut laisser le temps  à la justice de faire son travail ».  Que faut-il répondre à ce commentaire selon vous ? J’étais sûr  que ce directeur ne voulait pas ou n’aimait pas  comme tous les autres d’ailleurs, avoir des problèmes avec la justice. Car il y a risque d’en mourir… Surtout quand il s’agit d’un prisonnier politique et d’opinion. Attention, je vous parle de trois grèves de la faim en Espagne !!!

Par-contre au Maroc.  Tu pouvais mourir autant de fois, cela ne leur faisait ni chaud ni froid. Et si tu es mort en prison, ils t’emportent à l’hôpital, celui-ci fera un rapport qui dit que « ce prisonnier est bien mort à l’hôpital « !!! Tous complices !

La pure dictature du Maroc. De père en fils, une dynastie aveuglée par le pouvoir, des criminels sans état d’âme, qui laissent le peuple dans la misère.  Tous ceux qui osent lever la voix contre ce régime , ils seront condamnés.

Vous avez le prisonnier Nasser Zafzafi qui a servi d’exemple. Qu’a-t-il fait pour être condamné à  20 ans d’emprisonnement ? Pour  sa dignité et celle de son peuple, il s’est levé, il a lutté, pacifiquement pour demander des hôpitaux, du travail, des infrastructures, des écoles etc… dans le Rif ( Alhoceima ) qui est abandonné aujourd’hui par ce dictateur de roi M6 avec la complicité des Européens par leur maudit silence.

Ils veulent déraciner l’histoire de nos ancêtres, mes racines ! Une civilisation humaine qui durant des siècles, nous a enseigné l’amour pour l’humanité et le respect de nos terres sacrées. Il faut comprendre, que pour des prisonniers déterminés dans leurs convictions et convaincus de leur innocence, il serait difficile   de  faire taire leur voix !!! J’aimerais pousser un grand cri, hurler à nouveau, mais cette fois-ci depuis ma semi-liberté. Car d’autres prisonniers innocents continuent à être torturés, en isolement, et   d’être oubliés… Nous devons être solidaires avec eux ! Nous sommes leur voix ! Nous prenons la relève ! Sans peur, sans relâche ! Apprenons à nos enfants l’amour de notre terre, ses  valeurs. Oui, c’est un travail qui donnera ses fruits, alors  vous pourrez être fiers de ce jour-là…Nous ne pouvons pas rester indifférents à notre chère terre qu’est le Rif. L’histoire nous  enseigne l’unité. Il y a des hommes et des femmes capables de faire bouger des montagnes.

Une histoire avérée comme celle du Rif, personne ne peut la démentir.

Elle est là, pour  ceux et celles qui ont encore l’amour sacré du Rif, notre terre !!! Je reviens à l’isolement en Espagne. L’un des détenus qui sortait à la cour avec moi, très jeune, n’avait pas encore été condamné, la justice espagnole devait rendre son verdict dans les 2 ans, même si elle le soupçonnait, elle n’avait pas assez de preuves, elle prolongera 2 années de plus son attente. Il avait été arrêté pour falsification d’argent. A la veille de son mariage, il avait été arrêté, ils avaient découvert un billet de 300€, imprimé chez lui, plus quelques joints pour passer la soirée. Oui vous  avez bien compris, c’était bien  un billet placé là exprès, un coup de jalousie, quelqu’un ne voulait pas qu’il épouse cette fille. La preuve, elle n’a pas tardé à  demander le divorce alors qu’il était encore en prison ! Voilà une histoire de films…

La « justice » a dû le libérer faute de preuves. En Espagne, les prisonniers pouvaient écrire des lettres d’une prison à l’autre. Communiquer d’un isolement à l’autre était très important pour le moral et échanger des nouvelles entre eux. D’autres font des connaissances avec des prisonnières femmes…

Ils pouvaient même faire une demande officielle pour un mariage et être regroupés dans une prison pour vivre ensemble. C’est le cas de la prison où j’ai été, Algeciras, et en plus , ils leur  donnaient un boulot dans les ateliers. Ils étaient payés à l’époque 400€ par mois sur leur compte. Aussi ils avaient priorité et des avantage,   ils étaient condamnés à de longues peines.

D’autres gardent leurs bébés jusqu’à l’âge de 5 ans. Par la suite, ils seront remis entre les mains de leur famille pour aller à l’école, le week-end ils viennent rejoindre leurs parents en prison, malheureusement.

Oui, je  me suis posé la même question que vous. Pourquoi dans les prisons qui sont commanditées par le roi du Maroc, le dictateur M6 n’a pas cette stratégie ou ce projet de réinsertion humaine ???

Il est facile d’inaugurer et d’ouvrir  des prisons, partout dans le Maroc,comme celle de Salé ll, Tiflet ll, Toulal ll, Tanger ll, Salouna ll, Aarjat ll ( El Filahi). Et bien d’autres encore, qui seront réservées pour torturer et maltraiter le peuple marocain… A savoir, qu’ils sont en train d’anticiper des arrestations bien  montées, des « réseaux » qui ne se connaissaient même pas, et pour ceux qui manifestent pacifiquement contre ce régime criminel policier… Le Maroc est très loin des droits fondamentaux. Non seulement dans  ses prisons, mais dans toutes ses « institutions », s’il faut appeler cela comme ça !!! Une tyrannie comme celle du roi du Maroc, n’acceptera jamais qu’il y ait une démocratie, un état de droit, une liberté d’expression.

 Jamais !!! Voilà l’une des réalités et la raison pour laquelle il continue à construire d’autres prisons… Des hommes et des femmes, conscients et courageux nous ont enseigné de continuer à persévérer et de ne jamais perdre espoir ! Je me rappelle d’une visite à la prison d’Algeciras d’un député d’un parti politique d’opposition, du parti socialiste qui gouvernait à l’époque, dont je ne dirai pas le nom. Par la vitre qui nous sépare, il  m’a dit : «  Monsieur Aarrass, sachez que nous sommes avec vous. Gardez l’espoir, votre famille va bien, vous n’avez pas  à vous inquiéter. Vous devez rester fort, ceci est une épreuve pour vous ». Et pour  terminer, il a ajouté « vous savez qu’elle est la différence entre un chameau et un âne » ? Je lui ai dit, « deux créatures fortes et robustes, pour rendre service à l’homme ». C’est vrai, mais  d’un autre point de vue, « La tête de l’âne est tout le temps baisée. Par contre, le chameau, sa tête, elle  est toujours levée et il est plus résistant que l’âne dans le désert. » Puis il est reparti  en disant, « cette procédure qui est la vôtre prendra du temps , c’est une affaire politique. Soyez courageux « . 

Voilà une visite que je n’avais pas demandée. Elle m’a été un rappel et d’un vrai soutien moral, pour voir plus clair dans  mon cas qui commençait à se compliquer. La pression, la solidarité étaient là, celle des ONG internationales, du comité Free Ali, tout le temps présent sans rien lâcher. Plus mon grain de sable : les grèves de la faim… Quelques  jours plus tard, une autre visite. Deux hommes  en civil se présentent l’un était le directeur chargé de la sécurité interne qui coopère avec les services secrets espagnols (CNI). Celui-ci, j’avais déjà reçu sa visite les premiers jours de mon arrivée. Il voulait en savoir plus sur moi-même : formalités sécuritaires, comportement, caractère, conviction, idéologie, religion…

L’autre qui l’accompagnait en civil voulait me connaître en personne, il jouait le rôle du  policier gentil. Voilà le résultat de la deuxième grève de la faim qui avait duré une quarantaine de jours.

La visite du directeur dans ma cellule pour me convaincre d’arrêter ma grève. Puis la  visite du député politique qui se montre solidaire  avec mon combat. Et la visite du directeur de la sécurité interne, accompagné de l’agent des services secrets espagnols ( CNI ) .

Malgré tout , ils n’ont pas pu me convaincre. Une grève de la faim est une dure décision à prendre, dès le début, je me suis fixé dans ma  tête de terminer ce combat même en mettant ma vie en danger.

Concernant les conséquences sur ma santé, J’ai pris mes responsabilités et j’ai assumé  jusqu’à la fin. Les encouragements, les soutiens à l’extérieur des militants solidaires avec cette noble lutte acharnée m’ont donné de l’espoir et le courage de continuer en persévérant tous les jours !!!

Le contact humain, en  étant isolé, devient inexistant. J’ai dû rester en cellule, il me fallait rester le plus calme possible sans  trop consommer mes forces.

Pour la troisième grève, aussi les mêmes techniques et la même expérience. Officiellement mes doléances étaient acceptées. Prouvée par les médecins dans leur rapport médical, sur mon état  de santé particulier, les contrôles qu’ils faisaient tous les jours, prouvée la crédibilité de ma grève de la faim.

Malgré les trois grèves officielles, j’ai été transféré à Madrid et extradé arbitrairement !!! Aujourd’hui, je résume ceci par une grande victoire.

Oui, depuis le début j’ai combattu ces injustices, pour prouver mon innocence, celle  qui avait été prononcée  par le juge Baltazar Garzón, qui  sans relâche a fait une enquête minutieuse et cela à mon insu, avant et après mon arrestation. Il est vrai qu’ils m’ont dérobé 12 années de ma vie !

Il est vrai aussi qu’ils m’ont torturé et terrorisé ma chère famille ! Comme il est vrai aussi, qu’ils ont essayé de me briser et de me faire taire dans les pires isolements d’Espagne et ceux du Maroc, mais en vain.

Oui, je me rends compte après tant d’années, que  j’ai survécu ! Aujourd’hui encore, il y a d’autres prisonniers politiques et d’opinion, des journalistes d’investigation aussi , qui ont été arrêtés et condamnés injustement, puis isolés du monde extérieur et intérieur. Ils veulent  les faire oublier !

 

 

Fragments de vie carcérale 8 , par Ali Aarrass

dans ACTIONS/DOUBLE NATIONALITE/EXTRADITION/Fragments de vie carcérale/LA PRISON AU MAROC/TORTURE par

Permettez-moi de vous aider à trouver quelques raisons pour comprendre le comportement des matons : 1- La peur. 2- La méfiance. 3- La routine. 4- Les états d’âme… Je vous laisse en ajouter d’autres ou laisser un commentaire.

Il y a la peur d’être surpris, d’avoir de l’empathie avec les détenus et de perdre son emploi ! La méfiance vis-à-vis des prisonniers, qui peuvent être menacés par les autorités, qui peuvent leurs faire du chantage, et qui finiront par mettre le gardien en danger. La routine, d’avoir l’habitude de « travailler » en maltraitant, en torturant, puis il rentre chez lui comme s’il n’avait rien fait de mal. L’état d’âme prêt à donner corps et âme pour ses subordonnes, aveuglé des yeux et du cœur, aucun civisme, ni pitié, capable de rester dans un poste qu’ils lui ont désigné dans n’importe quel domaine et endroit, de résister à n’importe quelle condition et de faire face.

Aujourd’hui, libre, en regardant cet immense espace devant moi, avec des humains, enfin solidaires, conscients, audacieux, admirables et adorables… Là, je me rends compte où j’étais durant ces douze années, où le néant règne et auquel il a fallu faire face chaque jour !

Je vous demande d’écouter, écouter les cris des opprimés, des humiliés, entre ces quatre maudits murs. Dans le noir, ils nous demandent de l’aide contre les oppresseurs. Nous devons manifester la solidarité, l’amour pour cet humain. Nous ne devons pas craindre le silence du pays. Nous devons le traduire dans notre langage. D’autres sont ignorants et inconscients de la réalité de ces crimes. Je leur dis, mais depuis quand avez-vous les yeux dans le dos ?

Que fais-tu de l’être humain ? Avons-nous tous besoin d’une sage-femme pour accoucher ?

Voici l’une de réalité de la vie humaine. Un bébé ne peut pas retourner dans le sein de sa maman, quand la vie lui devient trop pénible ! Avant d’être kidnappé, dans le miroir, je me voyais vieillir. Dans la vie carcérale sans miroir, je me voyais avant que les autres me voient et me jugent. À savoir que nous finirons tous un jour par découvrir une île inexplorée, elle le restera toujours (la tombe).

Je me rappelle qu’à l’âge de dix ans, j’avais suivi un cortège de funérailles au cimetière de ma ville natale (Melilla) pour l’enterrement d’un voisin espagnol, j’étais impacté de voir mon voisin sous terre et enterré !

Que peut-on dire aujourd’hui de tous ces enfants partout dans le monde, traumatisés, terrorisés et affamés sans leurs parents, condamnés à rester seuls… Si cette image de mon voisin enterré, que je n’arrive pas à oublier, me revient encore après plus de quarante ans, je vous laisse imaginer les enfants dans quel état psychique ils doivent être. Moi non plus, je n’arrive pas à me débarrasser des tortures qu’ils m’ont infligées.

En cellule, je commence à sentir la fin des travaux, de moins en moins de bruit, les caméras étaient installées et testées. Tout ceci donne l’espoir de voir le bout du tunnel. Mais rien ne se présentait pour nous annoncer la fin de privations de nos droits fondamentaux, rien !

Depuis tout ce temps passé en isolement en Espagne et au Maroc, la négligence et la non-considération de l’être humain étaient identiques. C’est comme le menuisier qui fredonne de la même façon en fabriquant un rebec ou un cercueil !

Ma lune de miel des douze années est terminée. Maintenant il faut passer à l’étape suivante du combat, avec de la patience et beaucoup de sagesse. La récolte sera très bonne…

Revenons aux isolements.

En Espagne, d’une prison à l’autre précisément à Algeciras (Botafuegos ), je devais attendre la décision de la justice et la procédure était très longue.

En parallèle j’avais écrit à l’ambassade belge à Madrid, c’était mon quatrième courrier, mais en vain. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à me poser des questions. Pourquoi tant d’injustices ici, mon enlèvement, l’insalubrité sinistre des prisons en isolement. Mon transfert dans cette prison était fait pour faciliter les visites de ma famille. Le climat était aussi très bon, contrairement à Madrid.

Dès mon arrivée, après toutes les formalités et l’installation dans ma cellule, la porte blindée s’est ouverte d’un coup et trois gardiens étaient là, prêts á me faire sortir à la cour. Une fois qu’ils ont terminé la fouille corporelle, l’un d’eux m’a dit : « Ali , tu vas sortir à la cour en compagnie d’autres prisonniers, tu es d’accord ? »

Je ne m’attendais pas à ce qu’ils me le proposent et demandent mon accord. J’ai répondu que s’ils veillent sur ma sécurité, il n’y avait pas de problème pour moi. Un autre me répond, « ici on sait bien faire notre travail, tu n’as pas à t’inquiéter ». Ceci signifie qu’ils étaient prêts à intervenir, on était sous surveillance constante. La grande porte qui donne vers la cour s’ouvre, je vois cinq prisonniers s’approcher pour me saluer et, sans tarder, ils m’offrent à boire un café de la cantine juste à côté de la cour…

C’est bien la première fois que je suis sorti avec autant de détenus, six mois après mon enlèvement. Une règle en prison était de se montrer solidaire avec les nouveaux arrivés, de ne pas leur poser des questions, d’attendre qu’ils soient à l’aise pour raconter sans obligation le pourquoi de leur arrestation. En isolement, les détenus sont très vite dévoilés. Par-contre, dans les quartiers des droits communs où la surpopulation fait ravage, il est difficile de savoir qui est qui. Sauf si les gardiens veulent divulguer qui est pédophile, violeur et d’autres cas d’abus.

Alors je vous laisse imaginer l’enfer et comment il serait reçu par d’autres prisonniers qui n’ont rien à perdre. Je me rappelle un prisonnier isolé totalement à la frontière avec le Portugal en Espagne (Badajoz). Celui-ci, durant les quatre mois que j’ai passés là-bas, sortait seul, parce qu’il avait tué des vieilles dames dans leur ascenseur. Il avait fait la une des journaux et à la télévision. Ces prisonniers, ils avaient bien l’intérêt à rester isolés, car ils risquent l’impasse.

Des histoires comme celles-ci se répètent souvent en Espagne. Tout le contraire des prisons du Maroc ! Ce qui était dégoûtant, c’était de voir des violeurs d’enfants et ceux qui les ont maltraités et tué leur femme, être reçus avec des embrassades, c’était l’hypocrisie totale. Cette scène m’avait choqué. La moindre des choses était de les affronter afin qu’ils les changent de quartier ! Quand tu lui en fais la remarque, hypocritement, il te répond qu’ici on est tous égaux. Ne pensait-il pas à la victime qui aurait pu être l’une de sa famille ?

Fragments de vie carcérale (7), par Ali Aarrass

dans ACTIONS/EXTRADITION/Fragments de vie carcérale/LA PRISON AU MAROC/TORTURE par
(Photo souvenir : quand Karima a visité Robben Island en Afrique du Sud, elle a posté ce message derrière les barreaux de la cellule où Nelson Mandela a été enfermé pendant 18 ans)

 

 

 

 

Nelson Mandela, toute sa vie, il l’a sacrifiée pour l’être humain et sa dignité. Son combat ne s’est pas arrêté quand il fut mis en prison, non ! Il a continué à se battre durant les 27 ans d’emprisonnement. Il s’est battu, il a lutté et fédéré contre l’apartheid : un racisme d’état, la discrimination, l’esclavage. Il s’est opposé à tous ceux qui ont essayé de rendre les noirs au néant et faire d’eux des créatures inférieures.  

Je vous invite à lire son histoire sous le nom « Un long chemin vers la liberté ». Vous comprendrez en le lisant, les valeurs d’un être humain qui a sa place sur cette terre. Vous allez vous retrouver parmi d’autres personnes qui refusent de voir la réalité en face, aveuglées par le racisme, l’orgueil et leur couleur de peau. Aussi le sacré de l’être humain, le vrai et le faux qui se cachent en lui…

Mandela était pour moi un leader, un exemple à suivre. Il a fait comprendre à son ennemi et à son semblable qu’il n’était pas haineux, après tous les crimes qui ont été commis contre des humains durant de longues décennies.

J’aimerais vous faire savoir et partager mon sentiment, concernant mon point de vue sur la haine. J’ai été kidnappé depuis le poste de mon travail, par le gouvernement espagnol, arrêté arbitrairement et mis en détention dans l’isolement total. Deux ans et neuf mois après que la justice m’a donné un non-lieu, j’aurais dû être libéré tout simplement parce que j’étais innocent. Mais le gouvernement a l’époque en 2008 du parti socialiste ouvrier ne l’a pas voulu ainsi, car ils voulaient m’extrader au Maroc. La suite, vous la connaissez et pour ceux et celles qu’ils l’ignorent encore, allez sur le site freeali.net.

Après toutes ces années d’injustice, des tortures abjectes, grâce à la complicité de l’Espagne, qui était censée respecter la décision de la justice, dans un État de droit, et face à la non-assistance de l’État belge qui a tourné le dos à son citoyen durant 12 années, pendant lesquelles je n’ai pas arrêté de demander aux autorités belges d’intervenir et de défendre un innocent, un citoyen qui voulait une assistance consulaire, douze années pendant lesquelles je voulais simplement leur parler et qu’ils m’écoutent personnellement… Aujourd’hui, devrais- je avoir de la haine d’après vous ?

Non, jamais ! Parce que la haine te dévore les entrailles, te détruit à l’intérieur de ton corps et te pousse à la vengeance. Par-contre, là, maintenant en ce moment, c’est la rage qui ne me quitte pas : une rage issue de toutes les injustices, des crimes, des violations avec la complicité de l’Espagne, du Maroc, des tortures abjectes et le silence de l’État Belge à l’égard de son citoyen…

Oui, il y  cette rage en moi, qui me pousse à marcher la tête haute, pour défendre d’autres prisonniers, aujourd’hui abandonnés, après avoir été eux aussi torturés et condamnés injustement et arbitrairement et surtout au Maroc…

Bien entendu, une rage en moi pour que je puisse continuer à me battre et dénoncer ces tortionnaires, les bourreaux et les poursuivre en justice. Aujourd’hui tout le monde sait que j’avais dénoncé les tortures abjectes qui m’ont été faites. En étant encore en prison, car je ne voulais pas que d’autres subissent les mêmes traitements cruels. Oui, il fallait que cela marque une fin…

En Espagne, l’un des avantages était que je maîtrisais la langue espagnole. Ma langue maternelle, comme le rif et le français qui durant toutes ces années étaient un bagage très utile, pour pouvoir faire face au monde carcéral.

Dans pas mal de circonstances, j’ai pu éviter des conflits avec d’autres détenus qui manigançaient d’une fenêtre à une autre en langue espagnole. Ce qui est important à retenir chez ces prisonniers, c’est qu’il faut leur parler dès le premier jour de ton arrivée, te présenter poliment avec du respect et les inviter à boire un café ou une infusion pour leur montrer ta solidarité…

Car enfin on était tous dans les mêmes circonstances de détention. À chaque fois que j’ai été transféré, d’une prison à une autre, sans tarder on faisait les présentations, on discutait longuement et on partageait nos expériences de vie carcérale depuis nos fenêtres.

Du coup, voilà que le distributeur des boissons chaudes est arrivé dans notre module d’isolement, j’ai passé commande pour moi et aussi pour les plus vulnérables qui n’ont pas d’argent sur leur compte. Se faire servir dans la cellule une boisson chaude était un moment d’humiliation mais, en même temps un plaisir, boire une boisson chaude durant les 23h enfermé était un bon moment de notre existence et l’espoir de quitter un jour cet affreux endroit!

Dans toutes les prisons du monde, la torture existe ! Mais au Maroc, la torture c’est une routine; la corruption règne dans toutes les institutions juridiques, administratives, sociales et pénitentiaires, ajouté à tout cela, l’anarchie totale. Par la répression au quotidien du peuple marocain, ils veulent nous faire croire que le Maroc est en voie de développement !

Restons au Maroc, précisément à la prison de Salé ll, là où j’ai passé 6 ans d’isolement avant d’être transféré à l’autre prison de Tiflet ll. J’aurai l’occasion de partager avec vous mon témoignage…

Dans l’isolement de Salé ll.

Les minutes, les heures, les jours, les semaines, les mois passent lentement, très lentement. Coupé du monde extérieur et intérieur. Les fouilles se faisaient très vite et souvent, pour nous provoquer et tester nos réactions et notre dignité. Aujourd’hui, en ce moment, quand je rembobine mon vécu durant toutes ces années-là, je me rends compte que j’ai vraiment survécu à toutes ces épreuves et atrocités barbares et inhumaines !

Je me suis demandé pourquoi de telles pratiques, de telles méthodes de torture physique et psychologique, nous étaient infligées.

Une phrase que les matons répétaient souvent était : « Ali quand tu sortiras en liberté, tu oublieras toutes ces années » Que peut-on répondre à ces tortionnaires, qui ont été choisis et sélectionnés pour nous infliger ces traitements inhumains ? Surtout quand ils montrent de la fierté en voulant nous rabaisser et nous humilier par de tels propos !

Un bon matin, j’entends des bruits de travaux et je sens des odeurs de soudure. À quoi cela vous fait penser ? Oui, ils étaient en train de terminer les travaux à la prison. La prison de Salé fut inaugurée à la fin octobre 2010. Je suis arrivé le 24 décembre 2010, ceci explique le criminel de l’état marocain, celui du vite fait mal fait, ils étaient pressés de nous enfermer comme des criminels coupés et privés de tous nos droits fondamentaux.

Comment peut-on accepter et oser infliger de telles conditions d’emprisonnement à des êtres humains qui n’étaient pas encore condamnés, donc présumés innocents ?

À qui faut-il en vouloir pour une partie de tous ces crimes ? À l’Espagne ou au Maroc ? Ou à la Belgique pour avoir gardé le silence durant ces 12 années ?

Non ! Je n’ai pas de place dans le cœur pour la haine ! Mais bien pour la rage !

Un matin, la porte s’ouvre comme d’habitude, le petit-déjeuner était là sur le sol, je me suis penché pour vite le prendre, avant qu’il ne soit poussé par le pied du maton. J’ai remarqué de longs fils de câbles électriques de couleurs différentes dans le couloir. Je devais attendre l’arrivée du gardien chargé du quartier, pour savoir à quoi serviront les câbles. Des jours ont passé et à chaque fois que la porte blindée s’ouvrait pour le repas, je ne voyais pas de gardien, les câbles étaient toujours là au sol.

Un jour, j’entends que quelqu’un parle au talkie-walkie, il dit à son collègue : « je suis au quartier ( B ) couloir 2 » et l’autre lui répond : là-bas, tu installes les deux caméras fixes ». Alors, une fois de plus je vous demande de réfléchir. Pourquoi de tels traitements inhumains nous ont été infligés quand nous étions hors caméra ? Est-il impossible pour ces matons d’être humains et aimables quand ils ne sont pas surveillés par des caméras ? Dites-moi pourquoi !

 

Nelson Mandela (1994: 340–1) : « The challenge for every prisoner, particularly every political prisoner, is how to survive prison intact, how to emerge from a prison undiminished, how to conserve and even replenish one’s beliefs.
The first task in accomplishing that is learning exactly what one must do to survive.
To that end, one must know the enemy’s purpose before adopting a strategy to undermine it.
Prison is designed to break one’s spirit and destroy one’s resolve. To do this the authorities attempt to exploit every weakness, demolish every initiative, negate all signs of individuality – all with the idea of stamping out that spark that makes each of us human and each of us who we are. »
 

Fragments de vie carcérale (6), par Ali Aarrass

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Beaucoup diront que les prisonniers d’aujourd’hui au Maroc, vivent dans le « luxe ».

J’aimerais bien qu’ils passent deux à trois jours enfermés chez eux, mais alors sans bonne nourriture, ni sucreries, ni téléphone, ni télévision, ni radio, ni eau chaude, ni personne à qui parler !

Pour moi, le luxe, c’était d’avoir un bout de crayon et un morceau de papier pour dénoncer les tortures abjectes et les privations de nos droits ! Il m’était interdit d’avoir cela dans ma cellule.

Je me rappelle la première fois qu’on m’a fait passer chez le médecin, après tout ces long mois de privation. J’étais malade et très faible, sans forces, du coup j’ai vu un crayon sur la table qui était censé être son bureau sans réfléchir je l’ai pris discrètement et je l’ai caché !

Avant, je pensais écrire avec mon sang, s’il le fallait, pour dénoncer les tortionnaires et les tortures.

Ce crayon, je l’ai coupé en trois morceaux et je les ai partagés avec deux autres prisonniers.

C’était aussi un luxe d’avoir un coupe-ongle. Mes ongles, je les frottais au sol en gravier !

Voilà le luxe dans l’isolement au Maroc !

C’était aussi un luxe de n’avoir ni vêtements de rechange, ni sous-vêtements. Tout m’était confisqué ! Comme c’était aussi un » luxe », de me laver avec de l’eau très froide ! Au Maroc, il faisait un froid terrible en hiver.

Pour justifier ces conditions de vie inhumaine, il n’y avait qu’un seul mot, tout simplement le mot discipline !

Cela voulait dire qu’il nous était interdit de parler, de manifester, de dénoncer les conditions de détention! En bref, nous tenir et faire de nous des robots!

Mais , pas de chance pour eux, la discipline était en moi depuis mon enfance !

Les nuits étaient plus longues que les journées. C’était le moment où je commençais à réfléchir plus longuement. Toute ma vie défilait dans le noir total.

Des nuits sans pouvoir fermer les yeux, des moments agréables et inoubliables de mon enfance, mon adolescence, des moments de folie, avant de rejoindre ma maman à Bruxelles depuis ma ville natale de Melilla. En sachant que j’allais la quitter, mon cœur s’était brisé en deux, car j’allais laisser derrière moi mon papa et ma grand-mère, celle que j’ai toujours aimée. Malgré toutes les injustices, les épreuves des années d’emprisonnement, j’ai gardé l’espoir de pouvoir un jour les retrouver… Avec le temps, une chose fondamentale m’a aidé à résister. Celle de me répéter : « Ali, il y a-t-il encore des choses dans la vie auxquelles tu n’as pas encore goûté ? » Savoir qu’un jour je serais libéré et pourrais revivre à nouveau me donnait une force inébranlable.

Quelques jours après l’arrivée de ces  Sahraouis, dans ma cellule, j’ai senti des odeurs de fumée de cigarette. Je suis monté sur le lavabo encastré dans le mur pour attirer l’attention du fumeur.

C’était l’un des  Sahraouis et directement il s’est excusé. Je ne voulais pas en rester là et j’ai ajouté : «  Comment est-il possible que des hommes comme vous, militants, combattants, qui avez affronté ce régime criminel, dictateur et qui êtes restés avec vos principes afin de pouvoir récupérer vos terres, qui vous retrouvez aujourd’hui dans ces conditions inhumaines, comment est-il possible que vpus soyez vaincus par un morceau de cigarette ? »

Là, c’était le silence, sans commentaire… Comme je lui avais parlé en français, j’étais certain qu’il m’avait compris.

Le jour d’après, le soir tombé, il appelle celui qui lui a parlé la veille sur la cigarette ! Je lui dis : Oui, c’était bien moi. Il m’a remercié pour ce conseil. Pour terminer il ajoute qu’ à partir d’aujourd’hui il ne fumait plus… J’ai ajouté qu’il était libre de son choix. Mais il faut savoir qu’ils seront condamnés, et pour bien longtemps. Donc pourquoi choisir une mort lente en prison !

À son tour de me poser une question. Qui étais-je ? Il voulait savoir à qui il avait parlé.

Je me suis présenté, sans tarder il m’avait reconnu. Je dois dire qu’il m’avait surpris. J’ignorais que mon affaire était connue aussi par des Sahraouis !

En Espagne, j’ai appris à ne m’attacher à aucun prisonnier. Avec le temps on m’a enseigné qu’en isolement sensoriel, l’une des tortures, c’est quand tu commences à côtoyer un détenu et t’habitues à lui, ils viendront soit le changer de quartier ou alors le transférer dans une autre prison. Croyez-moi, j’ai été maître de moi-même, de mes sentiments, durant 12 ans j’en ai vu des prisonniers politiques et d’opinion défiler sous mes yeux.

Leur but étant de nous déshumaniser dans l’isolement et faire de nous des êtres abandonnés, écartés d’autres êtres humains. Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à oublier ces hommes courageux, qui ont réussi à se faire une place en Isolement. J’étais inspiré par Nelson Mandela:

La sagesse, l’intelligence, le courage, la persévérance, l’humilité, la modestie, la dignité…

D’autres aussi que j’ai laissés derrière moi, j’aurai l’occasion d’en parler.

Fragments de vie carcérale (5), par Ali Aarrass

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Je vous demande de fermer vos yeux, de vous concentrer sur ces moments d’injustice où un innocent est en train de passer par toutes ces épreuves. Mettez-vous dans sa peau en vous concentrant autant que vous le pouvez !

Maintenant, dites-vous que ceci aurait pu arriver à l’un de vos proches bien aimés, ou alors à vous-même.

Et dites-vous que justice sera faite un jour. Comment vous sentez-vous là, maintenant après avoir ouvert les yeux ?

Moi, je me suis senti fort de corps et d’esprit…

Bon, je reviens sur la différence entre les isolements en Espagne et au Maroc.

En Espagne, dans chaque prison où j’ai été transféré, j’ai reçu dès mon arrivée mes accessoires sanitaires : couverts, couvertures propres, j’avais le droit de voir le médecin tous les jours, de prendre une douche, d’appeler au téléphone, de sortir à la cour, donc aucun de mes droits fondamentaux ne mettait refuser ! Attention, ne croyez surtout pas que je logeais dans un « cinq étoiles ». Non ! Mais plutôt en isolement sensoriel. Car la torture psychologique était présente tout le temps. Je sentais la différence quand je sortais à la cour pour une heure après avoir été enfermé en cellule durant 23 heures, croyez-moi, je n’avais pas envie de retourner en cellule et d’être privé de ce moment en semi-liberté et de cette occasion de voir le ciel en forme de carré et d’être privé d’un peu d’oxygène!

 Et physiquement, si tu commences à être dangereux pour les prisonniers ou contre les gardes, ils viendront te chercher pour te mettre dans un angle mort hors caméra. Après s’être acharné contre toi, ils t’enverront au cachot pour 45 jours, puis tu seras transféré dans une autre prison sous un régime carcéral plus dur que le précédent ! Il était inutile de te montrer le plus fort, surtout si tu avais tort !

Donc, vous voyez la différence entre un isolement au Maroc et en Espagne ? Au Maroc, ils m’ont privé de dentifrice et de brosse à dents, et cela durant cinq mois !

Je vous laisse imaginer le grand plaisir que j’ai pris en me brossant les dents, quand ils m’ont restitué ce droit ! Leur argument est la « sécurité » de peur que des prisonniers n’en fassent un instrument pointu pour agresser quelqu’un. Voilà la seule raison pour m’avoir privé de ce droit durant cinq mois !

Je vous rappelle qu’en Espagne, les deux ans et neuf mois dans les isolements de haute sécurité, jamais je n’en ai été privé !

Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. C’est vous dire aussi que malgré les formations que l’Amérique et l’Europe font au Maroc pour améliorer les conditions « sécuritaires », elles ne sont pas respectées, car leur tradition et leur méthode de langue de bois et de bras de fer les empêchent de s’en débarrasser ! Ils ont ceci dans le sang, le savoir-faire pour terroriser, humilier, affamer, rendre l’humain comme une bête ou un zombie bourré de drogue et de médication. Voilà ce qu’ils veulent faire de nous et c’est pareil à l’extérieur des prisons, dans la société et la population marocaines, la répression, rien d’autre que la répression !

Maintenant faisons un détour par les premiers cinq mois d’isolement sensoriel au Maroc.

Je suis témoin de l’arrivée des nouveaux prisonniers ; cela leur à pris toute une nuit. De bon matin, d’autres sont arrivés dans mon quartier. Quelques heures plus tard, j’ai entendu un maton dire au prisonnier de s’approcher de la porte de sa cellule pour lui poser des questions suivantes : « Tu es Marocain ou Sahraoui ? ».

Le prisonnier lui répond: je suis Sahraoui. Du coup, le maton s’énerve, le prend par son cou et commence à le frapper en l’insultant, en lui crachant au visage. Quelques jours après, il parle avec un gardien, pour lui dire qu’il attend la visite de sa famille et qu’elle devait venir du sud-est. Quand j’ai commencé à réfléchir, j’ai compris de qui il pouvait s’agir et je me suis souvenu : c’était début décembre 2010, avant mon extradition au Maroc. Depuis ma cellule de la prison de Valdemoro à Madrid, les nouvelles à la radio parlaient de manifestations dans le sud-est. Là où il y a de nombreuses arrestations de militants Sahraouis qui veulent l’indépendance du Sahara occidental. Oui J’ai été témoin, à la télé comme tout le monde, de ce qui s’est passé avant leur arrestation, mais aussi des tortures qui leur sont réservées car ils ont bien été torturés! Lors de leur incarcération à Salé ll, début janvier 2011, ils étaient une vingtaine, du camp de Gdeim Izik.

Ils les ont séparés dans toute la prison et isolés, comme moi. J’entends dans mon quartier venir les tortionnaires et les maltraiter dans leurs cellules. Je pouvais les entendre !

Au début de mon dépôt à Salé ll, mes repas étaient servis par des matons. Je m’étais dit que ce n’était pas du tout normal que je sois privé de mes droits fondamentaux et qu’en plus je ne sois pas servi par d’autres prisonniers, comme en Espagne. On voulait nous faire croire qu’on était encore au centre secret de Temara ! Coupé du monde, torturé, électrocuté, maltraité, violé, humilié, insulté, couvert de crachats et d’urine…

Donc obligé de croire, avec ces conditions de détention inhumaines, qu’on était kidnappé et que personne ne savait où on était !

Je dois reconnaître qu’au moment où le quartier commence à se remplir, je me suis senti plus en sécurité. C’est là que le côté humain joue son rôle! Là, vous comprenez que l’isolement dans n’importe quel pays dans le monde, est et restera une torture, mais surtout où Maroc ! L’une des raisons étant que certains matons, qui exécutent les ordres, étaient sous la contrainte. Je comprends, mais cela ne m’empêche pas de les affronter et de leur faire savoir qu’ils doivent faire leur boulot sans maltraiter les prisonniers. Mon but étant de leur rappeler que nous sommes tous des humains, et que bientôt justice sera faite. Je voulais les sensibiliser et leur dire que je comprenais qu’ils étaient sous la contrainte : mal payés, sans couverture sociale, certains sans moyens de transport, et l’emploi du temps avec des horaires de travail impossible etc. Certains parmi eux commencent à avoir de l’empathie et de la confiance, j’ai remarqué cela dans leur traitement à mon égard. Je savais qu’il était nécessaire d’acquérir la confiance des gardiens censés êtres là pour servir notre quartier …

Sachez bien que cela m’a demandé beaucoup de patience car, à chaque arrivée d’un nouveau gardien qui venait comme un félin, il fallait à nouveau lui couper les griffes …

Il était important de leur faire savoir qu’il y a des limites à ne pas dépasser, tant pour moi que pour eux-mêmes.

Je leur ai fait savoir qu’en France les matons ont droit une fois par mois à une consultation psychologique chez un médecin spécialisé. Et que ceci n’existe pas au Maroc !

Je savais que ce genre de conversation les mettait mal à l’aise. Ils étaient beaucoup moins informés que moi sur le sujet ! Une fois de plus, j’ai leur faisais savoir qu’ils étaient privés eux aussi des droits, et c’est l’une de raison pour lesquelles vous devenez des matons sans état d’âme, dans le cadre de vos fonctions ; à long terme vous devenez violent et vous vous acharnez contre nous !

J’ai remarqué que certains ont été blessés dans leur orgueil, mais oser leur parler dans de moments propices les faisait réfléchir. Parce qu’ils n’ont pas l’habitude de telles conversations et moins encore venant d’un prisonnier.

Je savais qu’en étant isolés, ils pouvaient m’écouter mieux sans que nous soyons interrompus.

Certains parmi vous se poseront la question. Était-il nécessaire de parler à des gardiens prêts à exécuter des ordres des leurs supérieurs contre d’autres prisonniers ? La réponse est que je savais que je pouvais gagner la confiance de certains gardiens dans le but d’imposer le respect de chaque personne. J’ai toujours tout fait pour me faire respecter, sans rien leur donner en échange. Aussi pour me tenir informé des nouvelles à l’extérieur et à l’intérieur de la prison. Tout ceci m’a demandé beaucoup de temps afin de conquérir ma place dans un endroit fermé, isolé et coupé du monde !

Fragments de vie carcérale (4), par Ali Aarrass

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Nous devons prendre conscience que seul le meilleur en sortira infailliblement ! C’est quelque chose qui ne tombe pas tout cuit dans notre bouche. Ne sois jamais découragé. Il est vrai que dans un état  répressif, la tâche des opposants n’est pas facile. Par contre et malgré cela, nous devons manifester pacifiquement et sans violence, avec persévérance !

En prison j’avais tout le temps un pas d’avance sur le système carcéral : j’ai fait de mon isolement un monde propre à moi ! Je pouvais dans ma tête imaginer, étudier le régime carcéral, enregistrer le claquement et la fermeture de toutes les portes et savoir d’où ça venait ! J’ai été maître de moi-même, je leur ai fait savoir qu’ils ne pouvaient pas m’imposer leur règlement pénitentiaire, ni leurs lois qu’eux-mêmes ne respectent pas !

Je voulais vivre chaque minute en conscience avec moi-même et en accord avec mes valeurs. Je me suis senti le directeur de ma vie, je pouvais dire oui et non quand je voulais. Cela m’a poussé à leur faire croire que j’ai été le maître de mon destin : car le chemin qui mène à la liberté et à la dignité humaine demande parfois de renoncer à la facilité, pour suivre les exigences de sa volonté au plus profond de soi-même.

Il n’est pas toujours facile d’acquérir nos droits dans une prison et moins encore en isolement quand on est coupé du monde sous un contrôle constant.

En isolement en Espagne et au Maroc

En Espagne j’ai été aussi isolé et mis dans un quartier d’isolement avec les plus dangereux et des prisonniers politique de L’E.T.A et d’autres de droit commun avec de longues peines. Je voulais seulement vous faire savoir la différence des isolements entre l’Espagne et le Maroc.

En Espagne d’abord. Malheureusement comme c’était ma première expérience préventive, les trois premiers mois d’isolement sensoriel, j’étais traité comme un présumé « terroriste criminel, » en attendant la procédure de justice, ils étaient censés me surveiller de très près tous les jours pour en savoir plus sur mon comportement. Ils utilisaient les fouilles de ma cellule en jetant tout par terre brutalement et me fouillaient avec des attouchements pour m’humilier et tester ma réaction.

Chose que je n’ai pas acceptée bien sûr, quand c’était suivi par des commentaires racistes, des insultes sur ma personne présumée être « un terroriste « mais pas encore condamnée. Aussi ils me faisaient souvent changer de cellule, quand je leur demandais la raison, ils fermaient le parlophone, du coup la porte blindée s’ouvrait et je devais me diriger vers l’autre cellule…  Il était important de savoir que les gardes ne pouvaient ni me frapper ni me maltraiter, car je pouvais les dénoncer auprès de la justice à Madrid chez le juge Baltazar Garzón, chargé de mon cas après une très longue enquête faite à mon insu avant mon arrestation, puisqu’elle a duré deux ans et neuf mois.

Un non-lieu

La justice espagnol a dû me donner un non-lieu, donc j’ai été innocenté. Mais malgré que la justice a décidé de me libérer, le gouvernement du parti socialiste ne l’a pas voulu ainsi. Nous savons que dans tous les États de droit dignes de ce nom en Europe rien ne peut être au-dessus de la justice ! C’est vous dire et peut-être vous rappeler, combien d’injustices, de violations des droits de l’homme ont eu lieu ! Au nom de la lutte contre le terrorisme… Les services secrets espagnols (CNI) avec la coopération des services marocains  (DST), sous les ordres du roi du Maroc, ont convaincu l’Espagne et certains pays européens en leur montrant des scénarios bien montés, filmés avec leur caméra, d‘arrestations de jeunes, dont la grande majorité sont innocents. Tout ceci pour faire leur propagande de « F.B.I marocaine » ! Je vous invite à visualiser les enregistrements de coups montés de toutes pièces de leurs descentes pour neutraliser les présumés membres de réseau terroriste qui ne se connaissaient même pas entre eux. Une fois arrivés en prison, ils sont séparés, puis ils se rencontrent à l’infirmerie ou dans le fourgon cellulaire en direction pour leur procès, c’est alors là qu’ils font connaissance et puis ils sont choqués de découvrir qu’ils font partie du « même réseau ». Donc je vous laisse imaginer et juger, où est la crédibilité de ces policiers terroristes et criminels qui osent même faire des communiqués à la presse pour dire qu’ils étaient prêts à agir avec des « armes » et tout un « arsenal ». Alors qu’ils n’ont même pas de quoi nourrir leur famille…

 Durant les  douze années d’emprisonnement, j’ai découvert et analysé, que le Maroc était prêt à sacrifier ses citoyens pour faire croire au monde extérieur qu’ils sont très forts dans la persécution du terrorisme. Oui, contre des jeunes qui ne se connaissent même pas entre eux. Bien sûr, il leur fallait un peu de crédibilité dans leur procès verbal bien monté de toutes pièces. Les jeunes arrêtés devraient avoir un profil qui était le suivant : avoir une connaissance basique de l’islam, fréquentation de la mosquée, opinion sur la politique et soutien aux opprimés dans le monde…

J’aimerais ajouter ceci.

Le monde ne peut plus rester neutre, en étant témoin des atrocités des crimes, des tortures abjectes des maltraitances tels qu’ils l’ont fait avec moi et d’autres au Maroc ! Et envers un peuple qui ne demande qu’à vivre librement dans sa dignité humaine ! Il est grand temps que cela change. Ce système policier au Maroc est en train de semer la peur, de terroriser le peuple marocain. Aujourd’hui, je me pose la question, combien de temps resterons-nous cachés sans vouloir faire surface? Il faut affronter ce système policier criminel, cette dictature despotique qui veut faire de nous des esclaves d’une monarchie, d’une dynastie qui nous pousse à marcher la tête baissée en rasant les murs !

Et pour finir, on croirait qu’on est dans un système archaïque, là quand on n’a pas d’éthique on devient alors pathétique ! À qui faut-il en vouloir ?

Je pense que si le monde évolue dans le bon sens, on doit évoluer avec lui ! La génération future ne doit pas suivre celle qui l’a précédée. Car grandir c’est souffrir dans le bon sens. La dictature au Maroc finira par tomber comme la poussière, elle s’élève, s’élève, et finit par tomber d’elle-même !

Donc je reviens dans le monde carcéral, là où mes convictions se sont renforcées durant ces  douze années. Je me suis posé les questions suivantes. Etais-je en sécurité entre ces quatre murs ? Où trouver ma sécurité ? Étais-je prêt à défendre ma sécurité et à repousser le danger ?

Une chose fondamentale m’a aidé, c’est que je ne me suis jamais, à aucun moment, satisfait de rester statique. En prison je devais rester sincère et réceptif à tout. Je ne pouvais pas créer le nouveau en demeurant immergé dans l’ancien ! Un nouveau-né ne peut demeurer attaché à sa maman … Alors sommes-nous prêts à changer notre façon de penser et à agir pour avancer dans une solidarité humaine ? Et sommes-nous prêts à tout accepter quoi qu’il arrive ?

Et jamais, à aucun moment, nous ne devons permettre aux échecs apparents de nous décourager !

Prenons le temps de bien réfléchir et d’être bien honnêtes avec nous-mêmes !

Un long silence

Il y a des moments en prison qui ne peuvent passer inaperçus : dans un long silence, très long qui dure des journées interminables. Durant ce temps-là, un prisonnier en Espagne isolé dans notre quartier, pète les plombs et commence à frapper sur la porte de sa cellule !

Il criait, il ne voulait pas rester seul, il demandait d’être en compagnie avec d’autres personnes en cellule. Les gardiens ont ouvert la porte blindée et les coups venaient de tous les côtés, une fois maîtrisé et menotté il fut mené au cachot, quinze jours après ils l’ont ramené dans la même cellule. Par la fenêtre le soir, il nous a parlé et commenté ce qu’il lui est arrivé et qu’il recevait la visite d’un médecin tous les jours au cachot ; celui-ci lui a posé la question : qui l’avait mis dans cet état ? Avec des traces de coups sur son corps ?

Il a répondu qu’il avait glissé dans les douches. Le médecin a pu faire son rapport. S’il avait dénoncé les gardiens, nous a-t-il dit, il ne serait pas encore sorti du cachot… Ceci n’arrive qu’aux prisonniers de droits communs, a-t-il ajouté !

Ils connaissent bien les règles et les astuces dans les prisons. Celui-ci a été mis à l’écart des autres parce qu’il était soupçonné de trafic de drogue.

Je dois dire, que par une fenêtre en écoutant les autres parler, j’ai appris beaucoup, c’était comme si j’allais à l’université. Car en prison les savoir-faire sont tellement grands et riches e la connaissance est illimitée. Le soir tombé, je devais faire le triage de ce savoir précieux, très utile pour toutes ces années d’injustice.

Car en isolement, c’était important de savoir comment arriver à être fort, convaincu que je devais surpasser ces conditions dures et éprouvantes, physiquement et psychologiquement pénibles pour un innocent.

 

Fragments de vie carcérale (3), par Ali Aarrass

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Je vous demande de m’excuser, car je vais devoir souvent prononcer des mots désagréables comme : kidnappé, torturé, violence, humiliation, prison, isolement, etc.
Ceci dit, je continue pour mieux expliquer ce côté humain qui fait que, malgré les tortures abjectes, les conditions de détention difficiles à supporter durant de longues années, il faut rester debout, bien ferme dans ses convictions.
Nous savons tous que l’homme a la spontanéité et il est prédisposé à porter de l’aide à son semblable !
 Au début de mon isolement dans la prison de Salé 2, j’entendais quelqu’un frapper de l’autre côté du mur de ma cellule, j’étais encore en état de choc, je me suis levé du sol et me suis dirigé vers le mur pour savoir d’où venaient ces coups. Je réponds aussi par des coups, j’entends une voix qui dit de monter sur le lavabo encastré dans le mur, je suis monté et j’ai vu une main de la cellule voisine qui m’offrait un fruit ; je n’ai pas hésité une seconde, je l’ai remercié pour ce geste humain.
Puis plus de nouvelles depuis ce jour-là du voisin. Je dois dire que, encore aujourd’hui, je garde dans l’esprit cette solidarité et bien sûr le goût de ce fruit que j’ai dégusté avec grand plaisir et puis je devais me débarrasser de l’épluchure dans la toilette avant que les matons ne les trouvent, pour ne pas mettre en danger le voisin d’à côté, car ils savent que j’étais sensé n’avoir de contact avec personne !
Les cinq premiers mois de mon isolement, au sol avec deux couvertures, portes et fenêtres fermées, une nourriture immonde et immangeable, sans douche, sans médecin, sans coiffeur, sans sortir à la cour, sans visite familiale…
Couché sur le dos, je fixe le plafond de mes yeux et du coup je vois ce plafond descendre et s’approcher de mon visage.
La faim était présente tout le temps, la nourriture, quand elle arrive, je la mange parfois en fermant les yeux et en triant les petites bestioles et les cailloux, le pain sale et sec. Malgré cela, j’étais moralement capable de leur démontrer que je n’avais besoin de rien et de rester debout même si mon corps me joue un tour avec un dysfonctionnement articulaire.
Bien sûr, ceci après leur avoir demandé à maintes reprises le pourquoi de toutes ces entorses à mes droits fondamentaux. Je savais très bien qu’ils étaient sous les ordres des hauts placés !
Les mois passent, les odeurs dans ma cellule commencent à devenir fermentées et insupportables mais je dois reconnaître que je m’étais habitué à ces conditions inhumaines et déplorables.
Les matons, quand ils ouvrent la porte blindée de ma cellule, bouchent leur nez et me demandent : pourquoi tu n’ouvres pas la fenêtre ?! Je leur ai fait savoir que cela ne me dérange absolument pas et qu’elle était fermée avant mon arrivée.
L’heure de la distribution des repas, ils poussent le plateau avec leurs pieds en fermant vite la porte. Ce geste est pour me faire savoir que je ne suis rien qu’un criminel ou un animal. Cela fait partie des humiliations et les tortures blanches d’isolement, ce sont les consignes.
Je savais qu’il leur était facile d’ouvrir cette maudite fenêtre et de ne plus me priver des tous les droits fondamentaux, mais je ne devais pas tomber dans leur jeu.
Il est très facile pour les personnes fragiles de céder et d’être une pâte à modeler pour les tortionnaires.
D’autres se font avoir par le chantage et des promesses, qui ne sont jamais respectées.
Un après-midi, la porte blindée de ma cellule s’ouvre, je vois le gardien de mon quartier avec un prisonnier avec une tondeuse en main prêt à me couper les cheveux avec mon accord. Je n’ai pas refusé ce que je savais être un droit. Donc ils rentrent avec une chaise toute en morceaux, directement je me suis rappelé de la fameuse chaise du centre secret de Témara, là où les bourreaux m’ont torturé et passé à tabac durant douze jours et nuits …
Directement je lui dis de changer cette chaise pour une autre en bonne condition, chose qu’il n’a pas refusé, il ordonne au coiffeur de prendre une juste à côté de son poste. J’ai vite remarqué que le gardien était mal à l’aise à cause des odeurs. Il me dit avec respect : pourquoi n’ouvres-tu pas la fenêtre ? J’ai lui dit qu’elle était très haute et que c’est de votre devoir à vous de faire le nécessaire pour que je sois dans de bonnes conditions de vie. Avant son départ, il m’a dit qu’il allait signaler cela à son chef. Me voilà les cheveux coupés, mais il me fallait une douche, je commence à me gratter partout. Ce qui était important c’était de les voir arriver vaincus en m’offrant mes droits fondamentaux sans les supplier ni plier les genoux.
Un bon matin le directeur se présente avec ses gardes et me dit : as-tu besoin de quelque chose ? Conscient de l’état dans lequel j’étais. Qu’auriez vous répondu ?
Je m’attendais à ce qu’il se présente d’abord… Rien de tout cela, directement avec sang froid, comme ils ont l’habitude de le faire. C’est pour te démontrer qu’il est le plus fort et le seul à détenir l’autorité en prison. Aussi quand il est accompagné par ses gardes fidèles, il utilise la langue de bois. Avant de lui répondre, je le regarde dans les yeux, directement je me suis dit, « Ali reste fort devant eux, ne tombe pas à leur niveau . »
D’après vous, ne croyez-vous pas que le directeur est censé être au courant des conditions de vie de chaque prisonnier dans son établissement. Il n’y a pas une chaise qui se déplace d’un endroit à un autre sans sa permission ! Donc j’ai répondu en le regardant aussi dans les yeux. « Non, je n’ai besoin de rien ». Il ne s’attendait pas à cette négation de la part d’un prisonnier isolé, coupé du monde extérieur, qui couche au sol, privé de médecin et de médicaments, de douche, de téléphone, de sortie à la cour et cela durant cinq mois depuis mon dépôt à Salé ll.
Aussi j’aimerais attirer votre attention sur ces cinq premiers mois d’isolement sensoriel. Il y a eu le printemps arabe en Tunisie, Libye, Égypte, le 20 février au Maroc, les indignés en Espagne (Madrid). Tout ceci je l’ignorais. Donc le directeur part en claquant fortement la porte blindée de ma cellule.
Quelques minutes après, le gardien de mon quartier (B), s’approche pour me dire, « Ali pourquoi tu as refusé l’offre du directeur ? » Il me fallait une fois de plus répondre en pesant bien mes mots. Je lui ai dit que si cette offre était un droit, il ne faut pas me priver de cela ! Et si c’était un privilège, je n’en voulais pas ! Alors, je vais expliquer la raison pour laquelle j’ai refusé : Si j’avais répondu au directeur : oui j’ai besoin d’un lit avec un matelas, d’une chaise, d’une petite table, de prendre une douche, de voir un médecin, de sortir à la cour, de téléphoner à ma famille… Ou encore une autre chose facile et à portée de main, comme avoir ma brosse à dents et du dentifrice, petite chose qui m’avait été refusée. Donc imaginer dans qu’elle état d’esprit j’étais.
Quelques jours plus tard, le même gardien s’approche de la porte de ma cellule pour me dire « Ali, il faut que tu fasses une demande écrite à la direction pour récupérer tes habits et ta brosse à dents.» J’ai remarqué que ce gardien m’a parlé avec respect et qu’il voulait peut-être me conseiller ou alors il a été envoyé pour voir ma réaction mais j’ai renoncé à faire la demande !
Je répète qu’il était dans mon droit d’avoir un minimum de bien être dans cet isolement, mais ils ne l’ont pas voulu ainsi !!!
Si j’avais répondu par oui à leur demande, je leur aurais montré mon point faible. Donc tout en sachant qu’ils aimaient s’amuser avec ma dignité, j’ai évité de leur procurer ce plaisir…
Les jours passent lentement, très lentement.
Un bon matin très tôt. La porte blindée s’ouvre, des matons entrent pour fouiller ma cellule, je dois dire qu’ils étaient dégoûtés des odeurs très fortes, après m’avoir fouillé et ce qu’il y avait a fouiller ! Ils repartent sans rien dire ni trouver.
Le jour d’après, toujours le matin, le chargé du quartier entre dans ma cellule avec une chaise pour ouvrir cette fenêtre que je refusais d’ouvrir sur leurs ordres.
Après son départ, je me suis senti très bien et fier de ma dignité, moi qui n’ai pas cédé ni à l’intimidation ni à l’humiliation.
Concernant la dignité et l’espoir chez l’être humain, je ne finissais pas d’apprendre des leçons tous les jours.
À cette époque-là, il y avait un prisonnier dans la cour, un homme accroupi en train de cirer ses chaussures, un autre qui s’approchait de lui pour lui dire  » »je vois que tu te prépares pour sortir bientôt n’est ce pas ? » Et l’homme aux chaussures lui répond oui. L’autre repose une autre question « combien il t’en reste avant ta libération ? » Et lui, il répond : Je suis condamné à perpétuité ! «
Ceci-dit, il était fort dans le corps et l’esprit qu’un jour il finira par sortir mort au vivant, mais jamais sans sa dignité et la fierté d’un homme !!!
J’ai compris que cette vie n’est pas pour les âmes timorées qui ont peur de faire face à la réalité.
Hélas il était écrit que j’apprendrais de bonne heure que certaines choses coupent l’appétit, l’envie de manger s’envole en même temps que le sommeil !
Je suis désolé, mais jusqu’à maintenant vous avez remarqué que je ne peux vous parler que d’anecdotes bien tristes…
En voici d’autres qui peut-être allègent nos cœurs.
Souvent dans l’isolement total avec un silence interminable, coupé du monde, couché sur le dos je me parle à moi-même, je me dis : « Dis-moi, dis-moi que je suis vivant ? Oui, je réplique, oui, toujours vivant ! »
L’homme a-t-il une fin propre ?
Nous savons qu’il se nourrit d’illusions. Il faut qu’il s’y tienne. Sinon il chavire et il tombe, en raison de ses faiblesses de cœur et d’esprit.
En prison donc, ne jamais avoir confiance, être prudent , prendre le temps de bien connaître les matons, ouvre bien tes yeux, tes oreilles ! Sois intelligent et patient. Il faut vivre ton présent, chaque moment, chaque minute de ta vie est importante, et ne t’habitue pas à la routine, car ils peuvent te la briser à n’importe quel moment, alors tu te sentirais déboussolé ce jour-là entre ces quatre maudits murs de ta cellule !

Ali Aarrass, invité chez Amnesty International Belgique, et au premier congrès du N.A.R. (National Assembly of Rif)

dans ACTIONS/DANS LA PRESSE/ORGANISATIONS POUR LES DROITS DE L'HOMME / FOR HUMAN RIGHTS/TORTURE par


SOURCE AI Belgique

Le 2 avril 2020, Ali Aarrass a été libéré de la prison de Tiflet au Maroc, après 12 années de détention. Ce Belgo-Marocain avait été arrêté par la police espagnole en 2008, suspecté de trafic d’armes pour un réseau terroriste. Une solide enquête de l’éminent juge Baltasar Garzón avait abouti à un non-lieu, faute de la moindre preuve. Malgré cela, et contre l’avis des Nations unies (ONU), l’Espagne a accepté en 2020 la demande d’extradition d’Ali Aarrass vers le Maroc. Cela a marqué le début de dix ans d’un véritable enfer. À son arrivée, Ali a été torturé sans relâche pendant 12 jours. Il a ensuite vécu l’isolement parfois total, les mauvais traitements, les humiliations. Mais cela ne l’a jamais fait se taire, au contraire.

Ali Aarrass réside aujourd’hui en Belgique, où il essaie de se reconstruire, mais aussi d’obtenir justice. Nous l’avons rencontré dans les bureaux de la section belge francophone d’Amnesty International, qui s’est mobilisée pendant des années en sa faveur.

Qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui à témoigner des violences et atrocités commises dans les prisons marocaines ?

C’est mon combat. Parler de ce qui m’est arrivé m’aide à faire face, mais je témoigne surtout pour soutenir les personnes qui sont encore enfermées là-bas. Aujourd’hui, être libre est une raison de plus de ne pas rester dans mon coin, afin que ces tortionnaires soient punis pour leurs crimes. J’ai survécu à ces atrocités, ce n’est pas pour me taire.

Lors de votre détention, avez-vous reçu le soutien d’autres détenus ?

Il est vrai que comme je tentais de défendre la cause des prisonniers, une certaine forme d’empathie et de solidarité pouvait se créer envers moi. Cependant, j’essayais de ne pas m’approcher d’eux, car ceux qui entraient en contact avec moi étaient transférés dans d’autres quartiers ou dans d’autres prisons loin de leur famille.

Je me suis demandé pourquoi il ne me transférait pas moi plutôt qu’eux. En fait, les autorités voulaient me maintenir à Rabat pour que les ONG organisations non gouvernementales, NDLR], ou d’autres organisations, puissent me rendre visite facilement et constater les bonnes conditions de détention. Bien sûr, ces visites se faisaient après un grand nettoyage. C’était une mascarade. On ne pouvait même pas se retrouver seul avec les personnes qui examinaient les conditions de détention, il y avait toujours un responsable de la prison pas loin.

Souvent, ces visites étaient faites par le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) marocain, qui dépend entièrement de l’État. Les rapports que fait cette institution ne sont pas fiables.

Ils envoyaient des médecins aussi ?

Oui, mais là aussi, j’ai appris à rester méfiant. Par exemple, lorsque le psychiatre vous demandait si vous dormiez bien, c’était un piège qu’il vous tendait pour vous prescrire un tranquillisant et vous transformer en une sorte de zombie. Une fois, j’ai pris un des médicaments que l’on m’a prescrit et je ne me suis pas reconnu. Il ne faut pas montrer de points faibles en prison, sinon ils s’en servent contre vous.

Aussi, quand vous demandez un médecin, il n’y en a jamais de disponible. Il y a des morts dans ces prisons. Je me souviens d’un prisonnier qui n’a pas eu accès à des soins. Il est mort dans sa cellule. Les autorités ont emmené son corps à l’hôpital et ont fait dire aux médecins qu’il était décédé là-bas. Selon les chiffres officiels, il n’y a donc aucun mort dans les prisons marocaines.

Aviez-vous des contacts avec votre famille et votre avocat ?

Je n’ai eu aucun contact avec eux pendant les 5 premiers mois au Maroc, j’étais à l’isolement total. Je n’avais même pas le droit à des douches, pas le droit de téléphoner à ma famille, pas le droit de sortir au préau … j’avais juste le droit à de la nourriture immangeable. La soupe servie la veille se transformait en un bloc compact le lendemain. Il y avait des insectes dans les lentilles. La faim était toujours présente. La nuit, les lumières pouvaient être allumées ou éteintes en fonction de l’envie des gardes. Tout devenait un moyen de torture dans le but de nous faire perdre la raison.

Les prisonniers les plus dangereux, de « catégorie A », dont je faisais partie, devaient être coupés du monde, personne ne devait me croiser ou m’approcher. C’était un isolement très dur, j’ai été le seul à occuper une cellule dans un couloir qui en comptait 38. Elles avaient été vidées pour que je me retrouve totalement seul. À cette époque, les printemps arabes étaient en cours et même ça, je ne l’ai su que bien plus tard. J’ai même perdu la notion du temps.

Comment s’est passé votre retour en Belgique ?

Je suis sorti de prison en plein confinement à cause de la pandémie. Quand les portes de la prison se sont ouvertes, j’ai fait face à un horizon que je n’avais pas vu depuis des années. Ma famille est venue me chercher pour aller à l’ambassade. J’ai demandé à pouvoir rentrer en Belgique, mais les autorités belges m’ont répondu qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi, que les frontières étaient fermées. Il y a bien eu des vols de rapatriement mais ils ne m’ont jamais pris.

C’est une famille belge qui réside à Rabat, que je remercie énormément, qui m’a accueilli pendant les trois mois de confinement au Maroc. La maison et la famille étaient sous surveillance de la police à cause de moi. Je n’avais pas envie qu’ils aient des problèmes avec les autorités ou le voisinage.

Aujourd’hui je cherche du travail. Je suis ancien commercial, j’ai toujours été indépendant et je suis maintenant au CPAS. Les difficultés continuent même à l’extérieur de la prison.

Vous êtes suivi médicalement ?

J’ai vu plusieurs spécialistes depuis mon retour. J’essaie aujourd’hui de respirer et de vivre mais c’est impossible d’oublier. C’est en rentrant à la maison le soir que tout cela me revient. J’essaie de ne pas tomber dans cette ambiance-là. Mais c’est plus fort que moi, je l’ai vécu, le trauma est là. J’ai une fille que je n’ai pas vu grandir pendant 12 ans … ça, c’est irréparable.

Vous menez un combat pour obtenir justice devant les tribunaux également. Quelles sont les procédures en cours ?

Le Maroc a toujours nié et il continuera afin de protéger son image. Ils n’admettront jamais qu’ils aient pu se tromper sur un prisonnier ou une accusation de terrorisme. Ils ont dû me torturer pour que je signe un PV et m’arracher de faux aveux. Au Maroc, toutes les personnes qui se font arrêter pour terrorisme sont d’office condamnés. Ce qui leur permet de paraitre crédible dans leur lutte contre le terrorisme sur la scène internationale.

Une action est en cours à la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH). Les autorités marocaines se défendent avec de faux témoignages et en me faisant passer pour un menteur. Ils ne veulent pas reconnaître leur erreur. Erreur dont je porte les traces physiques et psychologiques dans ma chair.

Vous intentez également une action contre l’État Espagnol ?

L’Espagne a été condamnée récemment pour mon extradition vers le Maroc. Extradition qui s’est faite malgré le non-lieu de l’affaire qui a prouvé mon innocence, et malgré les recommandations d’Amnesty International et des Nations Unies qui s’inquiétaient des risques de torture que j’encourais. Mais ce procès est toujours en cours puisque l’État a fait appel.

La Belgique avait refusé l’assistance consulaire pendant des années. A-t-elle, aujourd’hui, fait un pas vers vous ?

Non, je ne suis pas en contact avec les autorités. Personne n’a sonné à ma porte pour me demander des nouvelles. Je n’attends de toute façon rien de l’État. Je suis déçu que la Belgique n’ait rien fait et ne vienne pas au secours d’un citoyen. Depuis le mois de janvier, nous avons obtenu gain de cause pour les binationaux. Maintenant, l’État doit leur garantir l’assistance consulaire.

En détention, receviez-vous les messages envoyés par les militant·e·s d’Amnesty ?

Oui, il fallait rester fort et c’est grâce à vous que j’y suis arrivé. Votre soutien m’a permis de tenir. Vos voix faisaient vibrer ma cellule. Ma sœur me rapportait au téléphone vos messages réconfortants, je ressentais alors comme une lumière qui me donnait le courage de continuer.

D’autres prisonniers sont abandonnés, vulnérables, dont beaucoup d’innocents, qui rentrent dans leur coquille. Je les comprends. Ça n’était pas mon cas. Je devais absolument, malgré ces conditions, lever le poing et dénoncer les atrocités qu’ils nous faisaient. Je vous remercie du fond du cœur.

 

Au N.A.R. National Assembly of Rif 

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Ali Aarrass at the Festival of Social Justice (UK Amnesty international 16/04 – 31/05)

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Ali Aarrass chez Michel 𝗠𝗜𝗗𝗜 : 𝟭𝟮 𝗮𝗻𝗻𝗲́𝗲𝘀 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗶𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗺𝗮𝗿𝗼𝗰𝗮𝗶𝗻𝗲𝘀

dans ACTIONS/DANS LA PRESSE/Evénements/EXTRADITION/LA PRISON AU MAROC/TORTURE par

𝗠𝗜𝗖𝗛𝗘𝗟 𝗠𝗜𝗗𝗜 
𝗔𝗹𝗶 𝗔𝗮𝗿𝗿𝗮𝘀𝘀 : 𝟭𝟮 𝗮𝗻𝗻𝗲́𝗲𝘀 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗶𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗺𝗮𝗿𝗼𝗰𝗮𝗶𝗻𝗲𝘀
☞ RDV mardi 𝟴 juin 𝗮 𝟭𝟮𝗵 sur la page FB https://www.facebook.com/InvestigAction

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