Une lettre d’Ali Aarrass au journal Le Soir : «Je me sens toujours enfermé». Un article de Baudouin Loos (14 mai 2020)

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 Nous avons reçu un email envoyé depuis Rabat par Ali Aarrass. L’ex-prisonnier réside, depuis sa libération le 2 avril dernier, dans une famille qui l’héberge amicalement dans la capitale marocaine en attendant son rapatriement en Belgique.

Le coronavirus et ses conséquences auront chamboulé ses espoirs de retour rapide puisque les frontières terrestres, maritimes et aériennes sont closes au Maroc. Pourtant, l’ambassadeur belge à Rabat avait affirmé qu’il figurait parmi les binationaux qui pourraient bénéficier d’une place sur un des vols humanitaires organisés ces deux dernières semaines par la Belgique. Les autorités belges indiquent que c’est maintenant le Maroc qui tarde à donner le feu vert au départ d’Ali Aarrass. Un dernier vol est prévu ce vendredi.

Ali Aarrass ne cache pas son désarroi car après douze années d’incarcération très pénible subies au terme d’une condamnation basée sur des aveux arrachés sous la torture, son plus vif désir est de retrouver sa famille.

« Je ne peux pas encore jouir de ma liberté »

« Vous savez qu’on m’a traité de tous les noms, écrit-il. Mais le pire est celui de terroriste ! Je vous rappelle que je suis toujours ici bloqué, après ma libération. Aujourd’hui, je suis très fatigué, exténué, loin de ma famille. Je me demande pourquoi, alors que je suis censé être sur la liste des plus vulnérables et urgents… Après douze années loin de ma famille, je me sens toujours enfermé entre quatre murs, impuissant, je ne peux pas encore jouir de ma liberté. »

La requête du Belgo-Marocain contenue dans son message consiste surtout à nous demander de publier l’hommage qu’il a rédigé en l’honneur de sa sœur Farida. De Bruxelles, en effet, celle-ci n’a ménagé aucun effort pour mobiliser les solidarités pendant la longue période d’emprisonnement subie par son grand frère. Elle s’était rendue en mars à Melilla, l’enclave espagnole au nord du Maroc où vit leur père, dans l’espoir d’y accueillir Ali après sa libération. Le Covid-19 l’a également piégée là-bas. Le site freeali.net a publié la lettre d’Ali à sa sœur.

Contactée à Melilla, Farida Aarrass ne cache pas le mélange de désarroi et d’irritation qui l’étreint. « On a le sentiment que ça n’en finira plus, explique-t-elle. On est épuisé moralement. Ali est extrêmement fragilisé après tout ce qu’il a vécu comme injustices depuis douze ans et maintenant cette situation… Hier encore, il me disait son dégoût profond d’avoir à porter cette étiquette de “terroriste” et toutes les conséquences depuis tant d’années, alors qu’il est tout l’opposé. Mais il n’a pas de haine. Il a un cœur immense. Il reste malgré tout très confiant et pense que la vérité sur toute cette immense injustice se saura un jour. »

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