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DANS LA PRESSE

« Ali Aarrass est resté digne ! » Une interview par Graziella Van Loo. (Audio à écouter sur Radio Campus (7 mai 16h) et sur microouvert.be)

dans DANS LA PRESSE/LA PRISON AU MAROC/TORTURE par

Pour écouter, cliquez ici : SOURCE  

(photo Luk Vervaet)

 » Je suis passé par des moments – durant des années surtout – très durs, très difficiles et j’ai survécu à toutes ces atrocités, toutes ces maltraitances et les tortures qui m’ont été faites. Injustement. Arbitrairement.

Je survis. Je garde le sourire comme vous dites. J’essaye de rester le plus fort possible, mais je suis quand même un être humain. Et cet être humain il a aussi ses points faibles. J’ai essayé de ne pas les montrer devant mes tortionnaires. Devant mes matons en prison, dans toutes les prisons par lesquelles je suis passé.

J’ai essayé de rester le plus fort possible en préservant ma dignité et mon côté humain qui est très important ainsi que mes convictions. J’ai survécu pendant ces 12 années d’injustices. Aujourd’hui, je suis là.

L’espoir est une arme pour quelqu’un qui se trouve dans l’abandon parce que sincèrement j’étais dans l’isolement durant ces 12 années dans des conditions déplorables. C’est difficile. Très, très difficile de survivre surtout quand on est innocent.

Baltasar Garzon (juge espagnol) m’a innocenté et ici en Belgique, je n’ai jamais eu de problèmes avec la justice depuis 28-29 ans que j’y ai vécu. Je n’ai jamais eu aucun problème avec la justice. Jamais.

Je soulève aussi un point très important durant ces années car je n’ai pas cessé d’écrire et de demander de l’aide et assistance consulaire auprès de l’ambassade belge à Madrid dans différentes prisons que j’ai faites. Il n’y a jamais eu de réponses.

Je continuerai à me battre jusqu’à ce que l’on me reconnaisse innocent. Je suis innocent. Et aussi la reconnaissance de toutes les violences et les crimes sur ma personne. La justice va se faire un jour. Ça, c’est clair« .

ALI AARRASS -/https://www.freeali.net/

 ILLUSTRATION : LE LIVRE DE Manu Scordia EST UNE BANDE DESSINÉE EN NOIR ET BLANC QUI RACONTE L’HISTOIRE D’ALI AARRASS, CE BELGO-MAROCAIN TORTURÉ ET INCARCÉRÉ AU MAROC DANS L’INDIFFÉRENCE DE LA BELGIQUE ALORS QUE SON INNOCENCE EST ÉTABLIE. IL RETRACE LE PARCOURS DE CET HOMME, SON ENFANCE À MELILLA, SA VENUE EN BELGIQUE, SON MARIAGE, SES DIFFÉRENTS BOULOTS, SON SERVICE MILITAIRE, SA LIBRAIRIE, SON ARRESTATION PUIS LES MAUVAIS TRAITEMENTS, L’EXTRADITION, LA TORTURE, LE PROCÈS INIQUE… TOUT CELA EN ALTERNANCE AVEC LE COMBAT DE SA SOEUR FARIDA POUR LA LIBÉRATION DE SON FRÈRE.

Mercredi 24/3/2021 : Ali Aarrass à la radio et sur La Une (RTBF)

dans DANS LA PRESSE/Evénements par

Photo/Picture :  Thomas Nolf

Á la radio La Première à 7h.10

 

 

 

 

 

Sur la Une à 19h30

 

Lovebirds, by Philippe et Arthur Tasquin, a song and artwork for the prisoners (Ali Aarrass, Julian Assange and all the others)

dans ACTIONS/ARTS/DANS LA PRESSE/Evénements/Lettres/Letters/Brieven par

Lovebirds is a collaboration between a father and a son who wanted to create something together. This project is about the loneliness and pain of being far from our loved ones. It explores a dystopic society where everyone is captive and separated.
For optimal viewing experience, please watch this clip at full screen in 4K with ample sound.
For more visuals and in depth breakdown, please visit :
artstation.com/arthurtasquin

LYRICS
My love my darling
I hear you crying
Behind the walls
From the dark world of shadows

I’m such a long time in prison
Waiting for another season
Now it’s time to free
The blackbird inside me
And let it go…

Whispering in the breeze
What it’s like to be free
How it feels to be home in your arms
Run the earth
Touch the sky
And then send back to me
All those precious memories

Could it be some delusion
Now I see in a vision
White wings take shape in the moon
White wings approach
And fly me away

CREDITS
A song by Philippe Tasquin
Directed by Arthur Tasquin

LINKS
Philippe Tasquin
_____________________________________________________
youtube.com/channel/UC6EtqaQMOJmPNNhB3qV112Q

Arthur Tasquin

Ali Aarrass est le Géant de la Bande du Brabant Wallon, Belliraj est son chef… et moi je suis le pape !

dans COMMUNIQUES DE PRESSE/DANS LA PRESSE par

par Luk Vervaet, Comité Free Ali

Cela aurait pu être un poisson d’avril mais un tel poisson, personne ne l’aurait avalé… Ils ont donc décidé de le garder jusqu’au premier jour des vacances, quand plus personne ne fait vraiment attention aux nouvelles. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas d’une blague de mauvais goût, mais d’une affaire extrêmement grave.
Selon la presse, Peter Callebaut, l’avocat des parties civiles dans le dossier des Tueurs du Brabant wallon a découvert « une nouvelle piste spectaculaire » dans un dossier sur cette Bande, rédigé par un « haut fonctionnaire fédéral, expert dans des affaires de terrorisme ».

Pour rappel, la Bande des Tueurs du Brabant a tué 28 personnes lors de braquages de supermarchés (surtout Delhaize) pendant les années 1982-1985. Près de quarante ans après, ces assassins qui avaient clairement pour but de semer la terreur en tuant un maximum de personnes, enfants compris, n’ont toujours pas été identifiés. Jusqu’à la découverte de la nouvelle piste spectaculaire, lancée hier dans la presse : « Le chef de la Bande serait Abdelkader Belliraj, qui travaillait pour Abu Nidal. Le principal tueur de la Bande, appelé « le Géant », serait Ali Aarrass. Belliraj et Aarrass sont tous les deux enfermés au Maroc, le premier condamné à perpétuité et le dernier risque d’être libéré l’année prochaine ! »

Ma première réaction hier soir à cette nouvelle spectaculaire a été : mais où est l’éthique journalistique si on peut lancer ce genre d’accusation horrible, avec nom et prénom, contre des personnes détenues à 2000km d’ici, dans des conditions extrêmement dures et sans aucune possibilité de réplique ? Publication, sans aucun commentaire critique ? A-t-on pensé à leurs proches, à leurs enfants qui doivent passer ces deux mois de vacances avec cette « piste » en tête, et qui devront affronter leurs copains ou copines de classe en septembre ?

Comme il s’agit d’une piste spectaculaire, nous proposons quelques autres pistes et questions aussi spectaculaires.

D’abord : qui est ce fonctionnaire fédéral, expert en terrorisme, dont on ne mentionne pas le nom contrairement à celui des accusés ? Pourquoi cette piste digne d’un mauvais film policier est-elle lancée maintenant ?

Ensuite, pourquoi cette accusation contre Ali Aarrass, l’homme qui était à la tête de la campagne mondiale d’Amnesty international contre la torture et qui doit être libéré dans moins d’un an ? Est-ce parce qu’il y a des forces au sein de l’appareil policier ou judiciaire qui souhaitent empêcher cette libération ? Est-ce parce qu’il est toujours en procès contre l’État belge qu’il veut faire condamner pour non-assistance à un citoyen torturé ayant la double nationalité ? Est-ce parce qu’il est toujours en procès contre l’état espagnol pour extradition illégale ? Est-ce parce que le Maroc souhaite le discréditer à fond avant sa sortie de prison, avant qu’il ne puisse dénoncer ce qu’il a vécu ? Toutes des pistes qui devraient être prises au sérieux par les services de police et de la justice, et par la presse.

Ensuite sur Belliraj. Jamais inculpé en Belgique, il a été condamné en 2008 à la peine d’emprisonnement à perpétuité au Maroc pour association terroriste et pour avoir commis six meurtres en Belgique dans les années 80-90. Meurtres à nouveau jamais élucidés en Belgique. Dans un rapport des fonctionnaires américains présents au procès, rapport dévoilé par Wikileaks, il y a un constat sans appel : ce procès était un déni de justice. À la demande du Maroc, la justice belge a à nouveau réexaminé cette affaire des six meurtres récemment, et elle est arrivée à un non-lieu ! Ce qui fait tomber toute l’accusation contre Belliraj comme un château de cartes.
Jusqu’à la découverte de cette « nouvelle piste » : si on n’arrive pas à le faire condamner pour six meurtres, on pourrait toujours essayer de lui mettre vingt-huit autres meurtres non élucidés sur le dos. Bref. En lançant cette nouvelle piste, veulent-ils empêcher la tenue du nouveau procès auquel il a droit ?

Enfin, je tiens à dire ceci. La seule piste spectaculaire à examiner dans le dossier des Tueurs du Brabant est celle qui a été formulée dès le début et maintenue jusqu’à aujourd’hui. Celle de l’extrême droite et de la gendarmerie belge voulant semer la terreur pour pousser la Belgique à installer un régime policier. Mais creuser cette piste spectaculaire ne risque pas d’arriver dans une Belgique où les fascistes de Schild & Vrienden et autres amis font leur entrée spectaculaire au parlement.

Oui, Ali Aarrass est un géant. Un géant d’humanité.

rtbf.be : L’ illustrateur et dessinateur de BD belge Manu Scordia pour « Ali Aarrass »

dans ARTS/DANS LA PRESSE par

Entrez sans frapper, 10 min, 

L’ illustrateur et dessinateur de BD belge Manu Scordia pour sa BD « Ali Aarrass » (Ed. Vide Cocagne).

Ali Aarrass est Belgo-Marocain. En 2008, il est arrêté par la police espagnole : on le suspecte de trafic d’armes pour un réseau terroriste. Son procès aboutit à un non-lieu, faute de la moindre preuve. Contre l’avis de l’ONU, l’Espagne accepte malgré tout la demande d’extradition du Maroc : en 2010, Ali Aarrass est transféré de l’autre côté de la Méditerranée. C’est la descente aux enfers : après 12 jours de torture, on lui fait signer un document qui deviendront ses « aveux ». Il est alors condamné à 15 ans de prison, la peine sera réduite à 12 ans en appel.
2019. Cela fait maintenant 11 ans que Ali Aarrass est sous les verrous, 11ans qu’il subit des mauvais traitements, 11 ans que l’on se bat pour sa libération.
Ali Aarrass, c’est l’histoire de sa vie, des jeunes années jusqu’à l’horreur judiciaire. A travers son témoignage mais aussi celui de sa sœur et de sa femme, on découvre la violence de ce qu’il vit – isolement, absence d’information, torture, mais aussi la persévérance et le courage de lutter et d’obtenir justice. Avec son trait noir et blanc faussement naïf, Manu Scordia s’empare avec brio de cette bataille judiciaire pour en faire un livre émouvant, combattif et militant.

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Interview de Julie Jaroszewski, autrice et metteuse en scène du Chœur d’Ali Aarrass : « Un pacte me lie à Ali Aarrass. C’est ça qui me tient… »

dans ACTIONS/ARTS/DANS LA PRESSE/Evénements par

 Un interview par Luk Vervaet

Dans les stations de métro de Bruxelles, un poster magnifique du Théâtre national invite à la représentation du Chœur d’Ali Aarrass les 23,24,25, 26 et 27 avril prochains. Comme Fatima Isma (photo dans la station Rogier), j’en prends une photo. Pour moi, comme pour mes camarades qui ont commencé la campagne Free Ali Aarrass il y a dix ans, c’est un moment historique. Qui aurait pu s’imaginer Ali Aarrass dans les métros de la capitale ? Il y a quelques années, j’avais vu la pièce « Waiting » sur les familles de détenus à Guantanamo de Victoria Brittain. J’ai tourné avec la pièce de Jean-Marc Mahy Un Homme debout. Il y a les films extraordinaires sur les prisonniers républicains en Irlande du nord. J’ai toujours rêvé qu’un artiste fasse une pièce de théâtre sur l’affaire Ali Aarrass.  Et voici Ali Aarrass au Théâtre national.

Julie Jaroszewski (° 1982) est la force motrice du Chœur d’Ali Aarrass. Elle est, avec Farida Aarrass, l’auteur des textes et la metteuse en scène. J’ai rencontré Julie pour la première fois il y a quelques années lors d’une conférence de presse sur une grève de la faim d’Ali. Je l’avais organisée dans le local du Parti Egalité, avec la participation de Dounia Alamat et de Farida Aarrass. Il y avait la RTBF et il y avait Julie Jaroszewski pour ZinTV. Depuis, elle a participé à toutes les actions pour Ali, pour ensuite se lancer dans ce projet hors du commun qui s’appelle le Chœur d’Ali Aarrass. Après un passage en version courte au Festival de Libertés et au Festival XS, le Chœur sera sur scène pour la première fois en version longue (90 minutes) au Théâtre national.  Rencontre et interview dans un café bruxellois.

Luk Vervaet (LV) : Julie, quand j’entends ton nom, je lis une histoire polonaise ?

Julie Jaraszewski (JJ) : Oui, c’est exact. Mais c’est une histoire effacée. J’ai un nom polonais. Les racines juives ou tziganes qu’on pourrait avoir ont été cachées. Pour nous préserver. On n’en parlait pas. Et ainsi, la deuxième guerre mondiale est passée pour ma famille, comme pour n’importe quelle autre famille. L’immigration de mes grands-parents date des années 1920. Mais elle est restée ancrée en moi, j’y suis attachée, avec un sentiment de refus de me désintégrer. J’ai des grandes zones d’ombre. Je cherche à exhumer cette histoire. Récemment j’ai découvert le nom du village dont ils sont venus, qui n’était pas en Pologne mais en Tchécoslovaquie. Une terre devenue polonaise en 1938. J’ai découvert que c’est l’industriel Schneider, chez qui mon grand-père travaillait dans une usine à la frontière entre la Belgique et la France, qui a dessiné ces nouvelles frontières. Que mon arrière-grand-mère avait un nom, que des amis tziganes identifient comme ayant possiblement une étymologie Kalé, langue d’origine des Gitans. C’est certainement tout cela qui m’a rapproché de l’histoire d’Ali et de Farida.

LV : Julie Jaroszewski chante Kurt Weill, Julie est chanteuse de jazz, du classique, du folk, des chansons populaires de la résistance, comédienne, coréalisatrice de film, metteuse en scène… une artiste pluridisciplinaire ?

JJ : Le Burkina Faso a joué un grand rôle dans la perception de ma fonction en tant qu’artiste. Au Burkina, j’ai appris que la division entre les danseurs ou les comédiens et les différentes formes d’art n’a pas lieu d’être. J’ aimerais pouvoir effectuer le travail opéré par ce qu’on appelle en Afrique « les griots », qui sont des passeurs de mémoire, qui chantent, racontent ou dansent des histoires du temps passé pour opérer la transmission au temps présent. Ils se tiennent aux côtés des chefs guerriers, peuvent penser avec eux les moments opportuns d’une bataille, parce qu’ils tiennent en mémoire la jonction du passé au présent. J’essaie d’être la bonne griotte des Aarrass.

LV : Tu me parles du Burkina Faso. Tu participes à la campagne contre l’intervention américaine au Venezuela. D’où te vient cet internationalisme, cette connexion avec les peuples du Sud et leurs luttes ?

JJ : Dans les années 1970 ou 1980, l’internationalisme était une chose tout à fait normale, non ?  Je suis consciente qu’aujourd’hui il n’est plus présent comme à cette époque, mais j’espère que cette tradition internationaliste reviendra. L’internationalisme fait partie de mon enfance. Quand j’étais petite, il y avait des réunions d’Amnesty chez nous, mes parents m’envoyaient au lit sauf quand il y avait des réunions politiques. Là, disait ma mère, je pouvais apprendre ce que je n’apprenais pas à l’école. Je me souviens d’une atmosphère de communion, d’une ambiance de fête. A 17 ans j’ai fait le grand saut d’un petit village en Wallonie vers l’INSAS, une des grandes écoles de théâtre dans la capitale.  Nous étions 130 candidats à l’entrée dont on retenait 15. J’en faisais partie. J’avais une énergie brute. Au début, j’avais vraiment des difficultés à trouver ma place. J’étais une petite paysanne à l‘accent wallon, qui sortait d’un petit village. Après un an, je suis partie au Burkina Faso pour deux mois. C’était mon premier séjour dans ce pays et des dizaines d’autres allaient suivre. Là j’ai compris pour la première fois que j’étais blanche. Là, j’ai appris qu’il n’y avait pas une seule manière pour faire les choses. Assise sur la tombe de Sankara, j’ai découvert une philosophie de la résistance. Une science de la vie qui s’est transmise. Au point où je me sens à présent étrangère à Bruxelles, avec un sentiment d’appartenance profonde à l’Afrique. Et, ça peut te sembler bizarre, c’est aussi le Burkina qui m’a rendu ma fierté en tant que Wallonne, une fierté de ma grand-mère. Finalement la Wallonie, c’est aussi le Sud, c’est aussi la périphérie. Quand je montrais le film sur les tirailleurs marocains à ma grand-mère, elle était en larmes : « mais enfin pourquoi on leur a fait ça ? pourquoi ils nous ont menti ? ».

LV : Comment as-tu découvert l’affaire Ali Aarrass ?

JJ : D’abord via Facebook. Et je dois bien avouer que j’ai mis du temps à m’en rapprocher parce que l’accusation de terrorisme me faisait peur. Le « Il n’y a pas de fumée sans feu » a aussi agi sur moi. Ce sont l’avant-dernière grève de la faim d’Ali et ma participation à la conférence de presse avec toi, Dounia et Farida qui ont fait le déclic. L’émotion de Farida, mais aussi celle de l’avocate Dounia. A partir de ce moment ce n’était plus possible pour moi de tenir la caméra, je devais passer de l’autre côté.

LV : Il y a pas mal d’artistes qui ont fait des poèmes et des chansons magnifiques autour de l’affaire Ali Aarrass, mais toi tu as amené la musique au sein des actions et des manifestations. Pour aboutir au Chœur d’Ali Aarrass.

Je me disais qu’en échange des informations politiques ou historiques transmises par les militants, je pouvais mettre à disposition mes connaissances dramaturgiques, qui sont aussi techniques. Lors des manifestations, je voyais des gens crier et, les voyant devenir aphones le jour après, je ne pouvais pas rester silencieuse, sans transmettre des compétences basiques de chanteuse pour identifier le diaphragme et ainsi renforcer le soutien.

LV : A chaque fois tu essayais de transformer une manifestation devant le ministère des affaires étrangères en chorale militante …

JJ : Je crois au pouvoir du cœur, avec et sans ‘h’. Comment faire chœur, qui est la représentation du peuple ? Ce peuple qui est belgo-belge, wallon, maghrébin, tzigane, musulman, chrétien, athée…C’est aussi ça l’histoire de Farida et d’Ali Aarrass et des gens qui les soutiennent, et sont composés de tous ces couches d’identités. J’ai réalisé que la presse ne pouvait pas comprendre cela dans des temps si courts. Qu’il fallait la transmission du peuple, notre propre écriture.  Il y a la volonté aussi de réinscrire l’histoire d’Ai et de Farida, dans l’histoire du continent africain, car c’est là que Mélilla est géographiquement située. C’est fondamental. Et c’est ajouté à cela la guerre contre le terrorisme à l’échelle mondiale, ainsi que ses dérives. Mais la lutte contre le terrorisme n’est-elle pas le prolongement de la lutte contre « le barbare » ? De la déshumanisation constante à partir du fait colonial ? Depuis des siècles et prenant toujours des formes nouvelles. Quand on analyse l’histoire d’Ali, on peut constater que son père et son grand-père ont tous été pris dans le même piège des empires et des états-nations.

LV : D’où vient alors l’idée de créer une représentation théâtrale autour de l’affaire Ali Aarrass ?

JJ : De la frustration de voir paraître, dans le meilleur des cas, des communiqués de presse de la campagne Free Ali Aarrass, où des phrases essentielles avaient sauté.  Ou d’être réduits à deux minutes d’infos dans un JT, où il n’y a pas de lien entre cause et effet. C’est le cinéma qui m’a appris l’importance du montage. Qui remet en question une soi-disant objectivité. Elle n’existe pas. Ce n’est que la négation du rapport de force. Godart a dit :  » l’objectivité c’est 5 minutes pour les juifs et 5 minutes pour Hitler ».  Pour Ali et Farida, ça veut dire que, bien qu’il y ait eu un non-lieu pour Ali en Espagne, bien que l’ONU ait dit qu’Ali a été extradé illégalement au Maroc, bien qu’il ait été reconnu qu’il a signé des aveux sous la torture, ces infos majeures ont du mal à passer, ce serait perçu comme un manque d’objectivité. Mais donner cinq minutes à Ali et cinq minutes à l’Etat… est-ce qu’on considère qu’ils ont les mêmes forces à être représenté ?

LV : Une représentation théâtrale qui prend parti dans ce rapport de forces et qui veut raconter toute l’histoire d’Ali ?     

JJ : Je veux montrer comment l’histoire coloniale et des empires a profondément marqué la vie des Aarrass, qui à l’origine sont des Amazight, des « berbères », des ‘barbares’, des non-grecs. L’histoire d’Ali et de Farida, c’est aussi l’histoire du père et du grand-père. C’est sur trois générations qu’on peut percevoir un système. Le grand-père était aux côtés de Abdelkrim Kattabi dans sa lutte contre l’Espagne et la France et son peuple a été bombardé de 400 tonnes de gaz-moutarde par la France et l’Espagne avec le concours de l’Allemagne. Le père était un dirigeant de campagne pour les droits civiques des habitants de Melilla, colonie espagnole, qui ne recevaient pas la nationalité espagnole. Ils étaient recensés, mais n’avaient pas de citoyenneté espagnole. La vie des Aarrass aurait été totalement différente s’ils avaient reçu cette nationalité. L’hyspano-marocain arrêté dans le cadre de la même enquête qu’Ali Aarrass, et qui a bénéficié tout comme lui, d’un non-lieux prononcé par le juge Balthazar Garzon, n’a pas été extradé et a été remis en liberté. Ils ont dû se faire enregistrer au Maroc pour pouvoir émigrer en Belgique. Leur histoire rejoint celle de beaucoup de gens qui se retrouvent dans des zones de non-droit et de non-être, et où les administrations de l’état ne les protègent pas.

LV : Quelles sont tes sources ?

JJ : Bien sûr il y a Brecht, Pasolini… Mais c’est surtout ma rencontre avec Thierry Deronne , un Belge qui vit au Venezuela depuis trente ans et qui est à l’initiative de l’Ecole Populaire de Cinéma et de Théâtre Latino Américain et dernièrement de Terra Tv, une télévision pour construire la souveraineté populaire dans l’information. Après ma participation à la flottille pour Gaza au début des années 2000, j’ai fait la connaissance du mouvement pour la télévision libre et populaire grâce à lui.  Cela répondait à toutes mes attentes, à savoir que les informations ne sont pas le fait d’une élite formée dans les écoles, mais la propriété du peuple qui agence lui-même son propre récit, qui en prend connaissance et le modifie, sans déléguer l’écriture de ses luttes aux médias dominants. Je sais que le climat politique chez nous n’est pas comparable. Mais chez nous aussi on est devant ce choix. De présenter Farida, bien qu’il s’agisse de la même femme et des mêmes faits, comme la sœur voilée d’un terroriste ou de lui donner sa place en tant qu’actrice héroïne de sa propre histoire et de celle de l’émancipation des peuples. Les médias doivent être un moyen de communiquer et non de faire des spectacles.

LV : Comment la formation du chœur a-t-elle fait chemin ?

JJ : Tout s’est passé de manière assez organique et spontanée. Ali en était à son cinquantième sixième jour de grève de la faim. Avec Pauline Fonsny, avec qui je partage toute cette réflexion sur le spectacle médiatique, nous avons filmé une manifestation pour Ali devant le ministère des Affaires étrangères. A partir de là, j’ai écrit un texte sur le chant, la voix, le soutien. Un appel pour se réunir et pour porter la voix d’Ali autrement. En lui faisant la promesse que s’il arrêtait sa grève de la faim, on allait le faire pour lui. Je me sens comme tenue par un pacte avec Ali Aarrass.

En 2015 et 2016, nous avons publié différents appels aux artistes et aux citoyens. De nombreux artistes s’étaient manifestés en soutien. Comme Anne-Marie Loop, une grande actrice et une militante engagée qui joue le rôle de l’avocate d’Ali Aarrass.

Les femmes sont arrivées les unes après les autres, pour le coup aussi bien professionnelles que non professionnelles, je n’ai jamais fait de casting.

LV : Ce groupe de femmes n’a fait que grandir. Vous êtes combien maintenant ?

JJ : Nous sommes 28 femmes, hors et sur scène, dont une dizaine de professionnelles. L’appel pour le chœur date d’il y a trois ans et demi. Depuis nous avons commencé à travailler, pas toujours au même rythme. On a tenu un rendez-vous hebdomadaire. Après le passage au Festival des libertés et celle du Festival XS en version courte, nous travaillons depuis février de l’année passée à la version longue pour le Théâtre National. Farida et moi avons fait un important travail d’écriture en concertation. Auparavant j’ai aussi réalisé deux documentaires radiophoniques auxquels le Chœur a participé. Et qui m’ont permis de faire un travail de recherche et d’investigation à Melilla avec Mustapha, le père d’Ali. Une expérience qui a été pour moi fondamentale. Ces deux documentaires seront disponibles sur CD au moment de la représentation au Théâtre National, accompagnés d’un petit livret de textes. Plus tard, j’espère qu’on pourra éditer le texte de la pièce.

LV : Comment expliques-tu que cette pièce soit présentée au Théâtre National, ce qui était impensable il y a dix ans.

JJ : Je pense que le Comité Free Ali a fait un travail inimaginable pendant toutes ces années. Les liens que le Comité a su tisser ont été extrêmement importants afin de représenter Farida et Ali et nos Andalousies. L’Andalousie, ne s’arrête pas à Malaga ou à la Méditerranée, elle traverse la mer et se retrouve dans le Nord du Maroc. Mélilla c’est l’Andalousie . J’y ai vécu aussi. Notre identité n’a pas à être définie par les Etat-Nations, sur base de l’appartenance à une couleur ou à une religion. Au mythe du choc des civilisations, j’oppose le mythe de l’Andalousie, parce qu’il y a des mythes qui divisent et des mythes qui rassemblent. Avec le Comité Free Ali, on a créé des Andalousies. On s’est créé des remparts contre la brutalité du monde et ses adversités. Et le théâtre est notre refuge. Nous sommes autres, nous sommes multiples. Des femmes ont rejoint le Chœur après les attentats de Bruxelles. On leur disait que l’unité n’était pas possible. Nous disons : oui, ça l’est. Le Chœur est devenu un refuge où on prouve que la communion est possible et nous revendiquons une équité de droits pour tous/toutes les citoyen-ne-s. Si nous avons reçu une place au Théâtre National, c’est aussi parce qu’il y a des personnes qui veulent que ce message résonne. L’époque d’aujourd’hui est telle qu’elle oblige tout le monde à se positionner. Il sera de moins en moins possible de rester passif face aux événements. Etre présent au Théâtre national, c’est dû aussi au courage de certaines personnes, comme Fabrice Murgia. D’une certaine manière, je trouve qu’il est plus facile de vivre à Bruxelles aujourd’hui qu’il y a dix ans ; je rencontre plus de personnes qui constate le chaos du monde et veulent prendre position. Il y a dix ans, je me sentais assez isolée. Nous devons agir sinon on va mourir de honte, d’inaction, et finalement on renoncera à notre humanité.

LV : Un dernier mot ?

JJ : Je voudrais parler de la scénographie du lavoir. Elle vient d’une réflexion sur l’espace du commun dans lequel travaillaient les femmes avant la domestication de leur tâche. Récemment Thierry Deronne m’a envoyé un article, en clin d’oeil. La dernière pièce de théâtre de Brecht, Thurandot ou le congrès des blanchisseurs, restée en partie inachevée, traite de la marchandisation de la pensée et de la vente des opinions.  Bien sûr, ce n’est pas voulu par le Chœur d’Ali Aarrass, et je ne l’ai su qu’après coup, mais j’ai un peu le sentiment de reprendre là où il s’est arrêté. Si Brecht avait été vivant, je suis certaine qu’il aurait écrit sur Ali Aarrass.

Merci Julie !

A lire aussi : Le Choeur d’Ali Aarrass sur le site de La Ligue pour les Droits Humains

Pour réserver vos places : Le Choeur d’Ali Aarrass au Théatre national 23 > 27.04.2019 

 

Vidéos de la Journée de solidarité et de partage avec Ali Aarrass, le 1er avril 2018

dans ACTIONS/ARTS/DANS LA PRESSE par

Video 1er avril 2018, Ali Aarrass est en prison depuis exactement dix ans. ALI AARRASS ON T’OUBLIE PAS, ON LÂCHE RIEN par Nordine

RTBF Mobilisation pour Ali Aarrass (à partir de 7.10′)

En direct  par Nadouchka

En direct : le témoignage de Dounia Alamat par Farida

 

 

 

 

 

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23 mars 2018 : Festival XS : petits formats, grandes émotions

25 mars 2018 : MARRUECOS LEAKS : Rajoy : igualico, igualico que el difunto de su agüelico

30 mars 2018 : Christophe Marchand: «L’Etat espagnol réprime des dissidents, des minorités»

 

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